“Ils m’ont traité à l’école de sale Juif”

“Ils m’ont traité à l’école de sale Juif”

Si le public français connaît Gérard Darmon, un acteur à la voix grave et au sens exact de la formule, peu connaissent l’homme et le petit garçon qui se cachent derrière. Avant de se lancer dans une brillante carrière sur petit et grand écran, Gérard Darmon a fait ses premières armes dans les petites salles de ses colonies de vacances, enfant qui a connu la brutalité de l’antisémitisme sur la cour de récré et la fragilité de ses parents. Face à Manu Katché de Yahoo, Gérard Darmon revient sur ce chemin de vie pas tout à fait comme les autres, de ses parents et leurs racines aux idéaux de citoyenneté et son amour pour le Maroc.

En parlant de Gérard Darmon, il faut bien sûr parler de films cultes. Dans la “Cité de la peur”, il a conquis le public français dans les années 90 avec son Carioca. Un peu plus tard, dans le film “Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre”, il reprend l’image d’Amonbofis, rongé par le ressentiment et l’amertume, mais pas loin de sa puissance comique. Dans “Coeur des hommes”, il se transforme à nouveau, cette fois dans la peau de Jeff, l’homme dont les épreuves émotionnelles ont fait de sa vie une comédie amicale et romantique. Plus jeune, on a même vu Gérard Darmon répondre à la bête sacrée du cinéma, Louis de Funes, dans Les Aventures de Rabbi Jacob. Et il y aura tellement de choses à dire sur ce métier glamour qu’une petite partie des réussites sont citées ci-dessus. A 74 ans, l’acteur prouve qu’il n’y a pas de territoire hostile pour lui. Sur Netflix, il a créé un nouveau public de rires et séduit d’emblée les fans grâce à son rôle dans la série déjantée “Family Business”. Sur Amazon Prime Video, il a du mal à affronter ses célèbres adversaires sur “LOL, Who Laughs, Come Out!”. Cet amour du jeu, de la comédie, a été connu très jeune de Gérard Darmon, lorsqu’il se perdait dans son écriture de scénario, ou d’autres génies de la poésie.

“Mon père était un voyou, on l’appelle Trombe la Morte”

Né à Paris en 1948, Gérard Darmon est issu d’une famille “juive, montagnarde, méditerranéenne”. Arrivé en France en 1932, il se trouve en Algérie où son père rencontre sa femme et la mère de l’acteur. “Quelque chose de si classique, de si vieux, de si sage pour le père que j’avais, qui était encore un voyou au début”, déclare Gérard Darmon, qui se souvient de ce père que tout le monde appelait “Trumbi la Morte”. Le ton est donné.

L’acteur a grandi dans ce milieu “très privé”, après des passages mouvementés dans un bar de Montrouge tenu par l’ancien champion du monde de boxe, Robert Cohen. Là, au milieu du folklore, le jeune Gérard Darmon découvre un espace vivant et vivant : “Un dimanche matin ça sentait la sciure de bois, et il y avait des petits gitans qui jouaient.” Son esprit s’évade, surtout lorsqu’il lit les Fables de La Fontaine devant Robert Cohen et les clients du pub. Des performances impromptues qui lui ont valu 5 francs, et une mine d’or pour le gamin déjà impatient qu’était : « Mon premier timbre, c’était ça. En colonie de vacances, Gérard Darmon écrit des petits sketchs. Son premier contact fut avec le rire du public, qui était la « vague, comme un tsunami » qui l’entendait sur scène et lui donnait cette envie irrépressible de faire rire les autres. “Je me suis dit : ‘C’est ce que je veux faire plus tard.'” Je me sentais imbattable », se souvient-il aujourd’hui en rencontrant Manu Kachi.

Retrouvez l’intégralité de La Face Katché de Gérard Darmon dans le podcast

L’art est une arme redoutable pour échapper à la réalité périlleuse du quotidien. Aujourd’hui encore, Gérard Darmon évoque le très modeste appartement familial, « une sorte de restaurant de l’avenue des Artistes, plein de charme, mais tout petit », sans salle de bain ni toilettes en bas : « J’irais au bain public. m de là.” Alors qu’il déambule entre Amis les uns autour des autres, Gérard Darmon préfère protéger ce cocon du jugement de ses camarades : “J’invitais très peu d’amis, et j’en avais un peu honte”, avoue-t-il.

Ces racines définissent l’homme qu’il est. Pour ce récit de vie également, Gérard Darmon ne s’empêchera jamais de répondre aux « haters » qui le prennent pour « millionnaire et riche » par son opposition aux « petites gens » : « Vous ne savez pas de quoi vous parlez quand tu parles de gens. Je viens de là-bas, de Stream. Je veux ajouter “têtes d’imbéciles”. Je viens de là-bas, alors ne me fais pas ça.”

A l’école, on m’appelait ‘Dirty Jew’, ‘Woog’ et ‘Rastaquier’.

Baby-boomer, Gérard Darmon est né trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en cette période si particulière, où l’on constate certes une énorme augmentation de la natalité en France, mais où les temps ont surtout changé. L’horreur et la violence d’une guerre dans laquelle l’indescriptible a détruit des millions de personnes. L’Holocauste a laissé une profonde douleur dans de nombreuses familles juives, comme Gérard Darmon. Il se souvient : “Il y a eu un choc terrible chez les Juifs (…) donc il ne faut pas tant crier sur les toits. Il n’y a pas beaucoup de vagues.” Une époque où la terreur a fait place à la méfiance. A tel point que même le deuxième prénom de Gérard Darmon, Elie, n’a pas été annoncé à l’époque, “par peur et par protection”.

À l’école, même la négligence de l’enfance n’a pas pu protéger l’acteur de la réalité brutale qui est encore profondément ancrée dans les esprits. “Mon meilleur ami à l’époque s’appelait Carillon. Il était blond aux yeux bleus. Je l’envie aussi parce qu’il était blond aux yeux bleus et j’étais une petite anomalie.” Une jalousie enfantine qui ne sort pas de nulle part. Aujourd’hui encore, Gérard Darmon se souvient des propos durs tenus contre lui sur le court, tels que « métèque », « rastaquouère » et d’autres plus offensants : « Un sale Juif est arrivé deux ou trois fois. Les grosses bagarres que j’ai eues enfant ont commencé dès ce.”

Malgré la colère et l’incompréhension, le jeune Gérard Darmon préfère contourner ces railleries dès qu’il franchit la porte de la maison familiale. Mais ses parents évaluent rapidement la situation. Un soir, alors qu’elle passait la main dans les cheveux du petit garçon, sa mère s’est rendu compte qu’il avait subi un traumatisme crânien, causé par la violence d’un enseignant du primaire. “Là, j’ai parlé”, se souvient Gérard Darmon.

“J’ai la nationalité marocaine, l’honneur n’est pas taxé sur tout”

Vous ne le savez peut-être pas, mais Gérard Darmon, en plus d’être l’un des acteurs français les plus célèbres, détient également la nationalité marocaine. Et tout cela s’est déroulé après une discussion avec le frère du roi du Maroc, “Al-Hamim”, qui lui a raconté l’histoire de sa famille, l’histoire de ses ancêtres et leurs racines marocaines. C’est aussi, en partie, pourquoi Gérard Darmon s’y rend depuis plus de 40 ans.

En 2012, la belle histoire parvient aux oreilles du roi du Maroc, Mohammed VI, qui le “touche”, puis se dit prêt à accorder à Gérard Darmont la nationalité marocaine, “ce qui est un fait tout à fait exceptionnel”, confirme l’artiste. Puis il a dû écrire une vraie lettre de motivation en retour à son patriotisme : « Je l’ai ouvert avec mon cœur. C’est pourquoi il l’a lu, l’a embrassé. Je suis allé à Rabat pour le faire en deux heures ce que certains mettent 15 ou 20 ans ou jamais. faire. J’ai mon passeport et mes papiers marocains”.

En revanche, parfois rompu au difficile exercice de la notoriété et aux critiques qu’elle suscite ici et là, Gérard Darmon tient à anticiper tout propos sur cette double nationalité : “C’est un honneur, pour tout ce qui est argent et tout ça. ” … Je n’ai rien là-bas, rien. J’adore ce pays.” Mais l’acteur, citoyen très observateur qui n’a jamais eu peur de présenter l’essentiel de sa réflexion sur des sujets politiques et autres, ressent aussi l’amour de sa France natale et veut le dire : “Je me sens très français, surtout quand on essaie de me dire que je ne le suis pas vraiment ».

“Il y a des antisémites en France, mais la France n’est pas si antisémite”

Car oui, Gérard Darmon est un citoyen engagé qui n’a jamais hésité à défendre ses idées. Lui-même a souvent été abattu à cause de cela. Aujourd’hui, dit-il, “j’ai l’impression que la tolérance s’est développée, et l’intolérance aussi. Les deux sont également magnifiées”. La scène politique française l’a toujours intéressé, et sa pensée n’a jamais été un secret : “Je ne sais pas où j’en serais aujourd’hui si l’extrême droite était passée. Je serais sûrement dans une très mauvaise situation. Facile.”

Vidéo – Retrouvez l’intégralité de l’interview de Gérard Darmon ici :

Pour Gérard Darmon, “il y a bien des antisémites teints en laine en France, mais la France n’est pas un pays résolument antisémite, il ne faut pas les confondre.” Selon l’acteur, on essaie désormais d’opposer musulmans et juifs dans une “petite guerre” qui dure depuis longtemps. Il ne veut pas réduire la France à ce qui s’oppose à ses citoyens : “Il y a des gens qui accueillent les autres, qui ont le cœur sur la manche, des simples, qui aiment.”

Sans citer de noms pour éviter les polémiques stériles, Gérard Darmon veut tout de même condamner ces “hommes qui sont vraiment de grands antisémites”, et s’adresser à eux en quelques mots, avec sa franchise légendaire : “Ce sont avant tout de gros cons avant d’être antisémites”. “Les Sémites. Ils tuent de la même manière. Ce que les Sémites prennent. Malheureusement, l’arme ultime, ce sont des conneries. Vous ne pouvez pas vous battre.” Belle conclusion.

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