“Jean-Louis a gardé son esprit et sa profondeur jusqu’au bout”

“Jean-Louis a gardé son esprit et sa profondeur jusqu’au bout”

Dimanche 19 juin à midi. Nadine Trentinant nous accueille chez elle. Elle accepte de se dévoiler un peu sur son ex-mari, le père de ses enfants. Les souvenirs et la tendresse coulent, pas les larmes.

“Sa mort a été un choc… On s’y attendait, et pourtant je n’y croyais pas. Je n’y ai pas pensé, c’était inimaginable. J’allais souvent lui rendre visite, jusqu’à récemment… Il ne pouvait pas Je ne vois plus, et il marchait avec difficulté. Mais Jean-Louis Il est resté clair, a gardé son esprit et sa profondeur jusqu’au bout. Il s’est battu avec courage.

Impossible de battre cet aspect “plus jamais ça”

Nous avons rencontré un jeune homme, j’avais 22 ans. Depuis, nous n’avons cessé de nous côtoyer et de nous parler. Il a longtemps habité près de chez moi dans le Marais. Sa femme, Marianne, qu’il aimait tant, était merveilleuse. Vous ressentirez une tristesse et un manque terribles… Quand vous vous retrouvez seul, vous réalisez soudain que plus personne n’a besoin de vous et c’est dur. à la fois avec l’oeil [Corneau] , Jean-Louis, Pauline ou Marie, cet aspect “plus jamais ça” est imbattable. Cependant, je suis là. Je dois aimer la vie avec passion… même s’il y a toujours des raisons de s’y accrocher.

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Avec Jean-Louis on a arrêté de s’aimer mais on n’a pas arrêté de s’aimer

Quand avec Jean-Louis nous avons perdu notre fille Pauline, Marie avait 8 ans, son départ ne faisait aucun doute. La vie est plus forte que vous ne le pensez. Avec Jean-Louis, on a cessé de s’aimer, ces choses arrivent, mais on n’a jamais cessé de s’aimer. Il aurait été inconstant, aussi bien que si je l’étais, non par vengeance, mais pour le bien de l’existence. C’était une personne honnête. Il peut être infiniment cruel et doux. Dans “Amour” de Michael Haneke, Emmanuel Riva lui chuchote : “Tu es un monstre, mais tu es si mignon !” Preuve que ce réalisateur a absorbé certains des secrets de Jean-Louis. Je me souviens de deux films où Jean-Louis ressemblait à Jean-Louis. Le premier “Rouge”, de Krzysztof Kislovsky. Regardez, elle est belle. et “Le Conforme” Bernardo Bertolucci. Débloquez des chefs-d’œuvre. Il a bien choisi, souvent contre l’avis de tout le monde. Lorsqu’il a accepté le Western « Great Silence » de Sergio Corbucci, nos camarades réalisateurs italiens l’ont traité de fou. Il avait raison, c’était un énorme succès, comme “Fanfaron” de Dino Risi, qui a également joué contre l’avis de beaucoup de gens.

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Qu’est-ce qui gouverne ses choix ? Amusez-vous, sa formidable intuition, s’il sent que le film va être bon. La plus belle chose qui nous a dérangés, comme moi, c’est quand il avait vingt-neuf ans, il jouait Hamlet au théâtre. J’y suis allé tous les soirs. Shakespeare voulait qu’on soupçonne, pas qu’on sache si Hamlet était fou ou faisait semblant. Jean-Louis l’a joué à merveille, avec une telle ambiguïté… C’était embêtant.

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Après la mort de Pauline, il a soumis le portrait de Foio de Claude Lelouch, car il en avait besoin. continuer. Il n’a pas cessé de fonctionner. Moi, je n’ai rien fait pendant un an et demi, avant de faire un film sur Pauline. aide-moi. Jean-Louis se transformait constamment, beaucoup. S’il était un super papa, il était moins présent auprès de Marie quand le cinéma s’est mis au boulot. Lui et elle se sont rencontrés sur scène très tard aux “Poèmes à Lou”. Ils n’ont joué que deux pièces ensemble; C’est dommage, car ils jouaient la même chose. Jean-Louis et moi étions différents à ce sujet. Autant j’ai aimé travailler entouré de ma famille – j’ai pris notre fils Vincent comme assistant, Marie comme comédienne, quel plaisir ! – Autant Jean-Louis n’en a pas voulu. Quand Téchiné avait besoin d’une comédienne de l’âge de notre fille pour son film avec Jean-Louis, il ne voulait pas qu’elle passe les auditions. Il n’arrêtait pas de me dire : “Je n’aiderai jamais mes enfants.” Il y réussit seul, ne connaissant personne à son arrivée à Paris. Dans sa classe de théâtre, à l’école de Charles Doolin, on l’a prévenu : “Écoute, mon enfant, tu n’as pas de talent, laisse-le…” insista Jean-Louis. Il avait du mal à perdre son accent du sud. Jean-Louis était timide, réservé, presque silencieux.

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Quelques années après notre rencontre, je l’ai présenté à ses amis, Jean Papily et Michel Drach. Je me souviens de leurs propos, hilarants, alors que le documentaire de Cousteau venait de sortir : “Votre homme c’est ‘Le Monde du silence’, il a Cousteau entre les dents !” Il ne devrait pas dire trois phrases. Marie était aussi timide… Jean-Louis avait très peur de la mort, disait-il. C’était cette très belle phrase, et tellement vraie, lors de notre dernière conversation : « Quand l’un de nous mourra, l’autre perdra le témoignage de sa jeunesse. »

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