#BalanceTonInfluenceur ou quand les célébrités cachent les violences sexuelles et sexuelles

Twitter a lancé un hashtag connu à ce jour : Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, #BalanceTonInfluenceur a envahi la plateforme, dans la lignée de #BalanceTonYoutubeur ou #BalanceTonPorc, il y a quelques années.

S’il est difficile de savoir qui se cache derrière la recrudescence de ce hashtag sur les réseaux sociaux, de nombreux témoignages ont afflué pour dénoncer le comportement supposé de certains affichistes et influenceurs, comme Amaru, un diffuseur qui compte près d’un million d’abonnés. , ou Arthur du Studio Danielle. Sous ce hashtag, des témoignages, des captures d’écran de conversations, des photos et des vidéos, qui montreraient parfois des messages inappropriés aux abonnés mineurs.

Les accusations font écho à ce qui a été révélé sur Léo Grasset, alias DirtyBiology, un YouTuber de vulgarisation scientifique. Ce dernier était visé par une enquête de Mediapart et le témoignage de plusieurs femmes qui l’accusaient de violences sexuelles, sexuelles et psychologiques. Une plainte a été déposée contre lui le 5 juillet pour harcèlement sexuel. Ce n’est pas la première fois que des accusations sont portées contre des créateurs ou des influenceurs : les YouTubers Norman ou Pierre Kroes apparaissent depuis plusieurs années sur Twitter, sans porter les accusations. Car les dénonciations des victimes se sont heurtées à une foule de fans, convaincus de l’innocence de leur YouTuber/influenceur/influenceur préféré, rejetant les propos des victimes dans leur ensemble.

L’effet corona et les relations sociales

Squeezie, Léna Situations, Etoiles, Maghla, etc. Sur YouTube, Twitch ou Instagram, les créateurs de contenus présentent leur vie, leurs centres d’intérêt, leurs pensées et leurs opinions, faisant partie de leur relation intime. En fait, on peut avoir l’impression qu’il a noué avec eux une relation particulière, bien que cette relation soit fictive… car elle est à sens unique. C’est ce qu’on appelle les relations intrusives, un terme défini par les chercheurs américains Donald Horton et Richard Wall en 1956.

Si les chercheurs parlaient à l’époque de l’affinité ressentie par les téléspectateurs avec certaines personnalités médiatiques, aujourd’hui le phénomène s’est propagé avec les réseaux sociaux. Contrairement à la télé, il est possible d’avoir une certaine interaction avec le personnage que l’on suit, par le biais de commentaires ou de réactions à une story sur Instagram. Les créateurs de contenu chérissent particulièrement cette authenticité et cette pertinence pour leur communauté, notamment pour leur modèle économique.

Ainsi, lorsque des accusations sont portées contre des stars du web, certains internautes ont l’impression qu’un proche est accusé. “Avec les influenceurs, on a une relation intime plus forte, et donc une émotion plus forte”, analyse Violet Kerlow, psychologue sociale spécialisée dans la prévention des violences sexistes et sexuelles. Une émotion plus forte est également en corrélation avec ce qui peut être associé à l’effet d’aura, indiquant une tendance à rendre certains traits d’une personne plus positifs même si nous ne les connaissons pas. Ce biais cognitif encourage, par exemple, à penser que les personnes belles et célèbres seront nécessairement trop empathiques ou incapables de toute action dure, compte tenu de ces premières caractéristiques.

Mythes et préjugés tenaces sur la violence sexiste et sexuelle

“Nous avons tendance à penser en termes binaires. Si quelqu’un nous plaît et que cette personne est accusatrice, c’est presque un trouble cognitif, et ça ne rentre pas dans la case que nous avons cochée. Ça perturbe l’image positive, ça prend du temps et c’est dur à accepter”, explique Violet Kerlow. apparaissait lors du procès en diffamation opposant Johnny Depp à Amber Heard : si l’actrice a été tournée en ridicule sur les réseaux sociaux, son ex-mari a quant à lui était présenté sous son meilleantur jour De nombreux fans de Johnny Depp sont prêts à croire en la culpabilité de leur acteur préféré.

Depuis 2017 et le mouvement #MeToo, on parle beaucoup de libérer la voix des victimes de violences de genre et sexuelles, ou du moins de les écouter davantage. Pourtant, dès que ces accusations visent des célébrités, on voit émerger une remise en cause très violente de leur parole : ceux qui se mettent à parler sont traités de menteurs motivés par une prétendue corruption.

Violet Curlow résume : « Il existe des mythes sur les violences sexuelles et sexuelles qui opèrent en trois points : réduire la violence, culpabiliser les victimes et déresponsabiliser l’auteur. Parmi ces mythes, il y a certaines victimes qui mentent pour gagner gloire et fortune : Aux États-Unis, une étude estime que le parjure dans les cas de violences sexuelles et sexuelles représente 2 à 10 % des cas… une goutte d’eau dans le océan. “Cependant, les gens se concentrent beaucoup sur cela, et cela conduit à minimiser la violence”, souligne Violet Curlow.

Des créateurs de contenu, des agresseurs comme les autres ?

Autre argument largement avancé dans ce type d’affaire : pourquoi les victimes n’ont-elles pas pris la parole avant ? Là encore, Violet Kerlow pointe un manque d’éducation sur le fonctionnement de la violence, des mécanismes de l’impact à l’étonnement, en passant par l’amnésie traumatique. Selon le psychologue, ceux qui prennent la parole pour décrire des faits “parlent pour soutenir ceux qui ont la possibilité de se plaindre”.

Dernier exemple en date : les 15 femmes qui accusent Patrick Boivre du Darfour d’agressions sexuelles et de viols, dont la plupart ont témoigné des décennies après les faits… Certaines ont fait savoir à Mediapart qu’elles souhaitaient témoigner en faveur d’autres victimes qui avaient la possibilité d’y aller. au tribunal.

Quand on déroule le #BalanceTonInfluenceur sur Twitter, ou que l’on va regarder les commentaires sous la vidéo de Mediapart concernant Léo Grasset, un argument revient régulièrement : a job. La difficulté pour les victimes d’y croire vient de la position de pouvoir que peuvent exercer ces créateurs de contenus auprès d’une audience parfois très restreinte. “Le phénomène de contrôle est amplifié lorsqu’on rencontre une célébrité”, développe Violet Curlow, rappelant que parfois les questions de contrôle et de consentement sont complexes. Mais cela montre aussi que les puissants, de par leur statut, exercent une sorte de pouvoir, qui « peut créer un sentiment d’impunité ».

Presque une semaine après que #BalanceTonInfluenceur ait été largué sur le web, c’est parti pour le silence radio. Aucune plainte n’a été déposée et peu de médias ont repris l’affaire. Les accusations semblent être étouffées ou étouffées par une communauté d’insultes de fans. Pour Violet Curlow, il faut “respecter le temps de la justice” : si “certaines personnes n’avaient pas d’autre choix que de témoigner en public”, elle estime que MeToo a changé la donne. “La police est mieux formée, et nous pouvons marcher sur le chemin de la justice, même si cela prend plus de temps”, dit-elle. Parce que les violences sexuelles et sexuelles sont souvent prises au sérieux devant les tribunaux. Pas sur les réseaux sociaux.

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