Toulouse : De l’affaire du Mirail au meurtre d’un camarade, le parcours terrifiant d’un adolescent tueur

primaire
La Dépêche du Midi raconte le parcours tragique d’un adolescent toulousain de 15 ans, accusé du meurtre de son ancien meilleur ami. A a grandi dans un climat d’extrême violence, et n’a jamais cessé de s’adonner à la délinquance au point de commettre un mal irréparable.

A. aura 16 ans cet automne. Cet enfant toulousain est incarcéré au quartier des mineurs de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone près de Montpellier. Le 22 mai, accompagné d’une compagne à peine plus âgée, il aurait tué Lucas, 18 ans, d’un couteau dans la poitrine, sur fond de rivalité amoureuse. Avant la bousculade, ces deux garçons se sont rencontrés au CDEF 31 (Centre administratif de l’enfance et de la famille), où ils ont failli nouer une amitié.

Unique

l’enseignant dans cette structure, a vu le duo évoluer : “Vite, ils sont devenus très proches. Ils ont fait 400 coups ensemble parfois pour le pire. Un soir, Lucas est arrivé à la villa en pleurant. Il a été kidnappé par les gangs. Il a appelé le poste de police. En fait, c’était un canular. A. a tout inventé mais cet épisode a montré à quel point Lucas tenait à lui.”

“C’est un enfant avec ses faiblesses, sensible mais aussi bavard”

A tout juste quinze ans, A était déjà devenu pervers. Il était en charge comme “Le Chouf” (Veille) aux Izards et au Mirail. “L’argent affluait. Il portait une paire de baskets à trois cents euros. Ça lui montait à la tête, et il entretenait un sentiment de pouvoir absolu. Mais c’est aussi un enfant avec des faiblesses, sensible, mais aussi lâche, capable de exprimer son malaise », raconte l’éducatrice.

(A) a eu une enfance désastreuse. Son père, un personnage fougueux au passé compliqué, le battait régulièrement dans l’espoir de le maintenir sur la bonne voie. détient un. Haine intense contre son père. Cela s’est traduit par un rejet de toute forme d’autorité. Dans son article de suivi, ses professeurs ont noté que “A. est un jeune homme qui a subi des violences et des humiliations dans son enfance”. Dans le même rapport, son psychiatre écrit que “la relation de A. avec son père reste dangereuse et dévastatrice”.

Conte de fichier S.

Tenté à la fois par le crime organisé qui s’amplifie dans les films et les séries, et par l’horreur engendrée par l’islam radical, A. s’invente un personnage. Il raconte à ses amis qu’il fait son chemin auprès des chefs locaux et qu’il est à S. Pour Fred, c’était une façon pour lui de s’imposer et d’intimider : « Quand il commettait un délit, il pouvait crier Allahu Akbar. a conseillé à ses amis de faire de même, uniquement pour impressionner les adultes, mais derrière cela, il n’y avait pas d’idéologie.”

une. Il a déjà un physique d’adulte, svelte mais athlétique. Au CDEF, il s’entraîne régulièrement avec Lucas au MMA, une discipline qui combine différents arts martiaux avec des sports de combat comme la boxe. Déscolarisé depuis décembre 2021 – il allait tabasser un surveillant de collège – régulièrement exposé à des effusions de sang.

“Dès qu’il sentait une charge émotionnelle trop forte, il avait tendance à s’en prendre aux autres. En revenant au CDEF, il lui arrivait de battre des gens gratuitement dans la rue juste pour s’énerver. Un jour, il est revenu avec Il a affirmé avoir agressé un adulte. Il était inquiet. Il a fouillé les réseaux sociaux et les sites d’information si on ne parlait pas d’une querelle qui a mal tourné », confirme Fred.

Agression sur un veilleur de nuit

La direction du CDEF s’inquiète de l’effet qu’elle a sur les autres enfants. On lit dans son dossier qu’il « forme les jeunes du quartier à s’occuper ». Il s’évade régulièrement de l’établissement et a été à plusieurs reprises placé en garde à vue dans le cadre d’affaires de stupéfiants. Aux yeux de la justice, il est toujours un petit trafiquant sous contrôle judiciaire pour des affaires de trafic de stupéfiants. Il n’est pas encore connu pour avoir commis des actes de violence lorsqu’il a tabassé un veilleur de nuit avec quatre de ses compagnons.


C’était le 11 mai. Il a fallu l’intervention de la police pour rétablir le calme. L’adolescente qui s’apprêtait à commettre l’irréparable a été “fuite” du bâtiment d’accueil et logée dans un appartement isolé. Le policier agressé n’avait porté plainte que le 18 mai, quatre jours avant A. Ne tuez pas Lucas.

une. Est-il surveillé et hébergé dans la bonne structure ?

A. a été longtemps soigné au CDEF 31 avant d’être hébergé dans un appartement semi-indépendant suite à l’agression d’un gardien.
A. a été longtemps soigné au CDEF 31 avant d’être hébergé dans un appartement semi-indépendant suite à l’agression d’un gardien.

DDM – NATHALIE SAINT-AFFRE

L’onde de choc est terrible et secoue encore le CDEF 31 (Centre Administratif de l’Enfance et de la Famille). Après la mort de Lucas, la direction a activé la cellule de crise et apporté un soutien psychologique au personnel. Guidée par une volonté de protéger ses jeunes pensionnaires, la direction de la fondation refuse de commenter le drame mais ses salariés prennent la parole. Ils accusent leurs PDG de faire preuve de trop de laxisme envers A. et quatre autres adolescents ont battu un veilleur de nuit 11 jours avant le meurtre. Ceux qui ont travaillé directement avec A. n’ont pas été surpris par cette issue fatale.

Philippe

J’ai dû faire face à la colère de A pendant plusieurs mois. Pour lui, “la mort de Lucas est malheureusement la fin d’une tragédie annoncée”. L’éducateur pointe l’inadéquation entre le profil d’A. et sa place au CDEF : “Il y a plusieurs raisons de le représenter. Il faut tenir compte de sa personnalité, de sa famille et de son environnement amical, mais l’efficacité de la suite -up n’était clairement pas idéal. Le CDEF est au départ une structure de contingence. Nous récupérons les enfants en mille morceaux. Notre travail est de les aider à se relever avant de les reconstruire ailleurs. Habituellement, ils ne doivent rester que trois mois maximum. Cependant , il est chez nous depuis plus d’un an… En fait, les foyers spécialisés En accueillant ce genre de profil j’ai refusé de prendre le relais.

Chantal Girard, directrice du CDEF, n’a pas dit autre chose : “Notre organisation est dotée des bonnes personnes même si nous devons régulièrement faire face à des problèmes d’effectifs. La vraie difficulté, c’est l’orientation. En 2021, 22% des séjours ont duré plus de trois Actuellement, une vingtaine de mineurs sont accueillis au CDEF depuis plus d’un an, et cette situation confronte le CDEF à une injonction contradictoire : être le plus réactif possible à l’accueil d’urgence tout en accompagnant des mineurs sur des durées prolongées.

Les noms ont changé


George Merrick, chef de service monte sur le tableau de bord

Le 5 juillet, George Merrick, président du Conseil départemental de la Haut-Garonne, adresse une lettre à Charlotte Coble, secrétaire d'Etat chargée de l'Enfance, pour dénoncer la

Il n’était pas connu pour avoir commis des actes de violence”, affirme le procureur Antoine Leroy

Antoine Leroy, substitut du procureur de la République, chef de la cellule de protection de l’enfance à Toulouse.

Antoine Leroy, substitut du procureur de la République, chef de la cellule de protection de l’enfance à Toulouse.

Malgré son jeune âge, A est déjà depuis longtemps sous le feu des tribunaux. “Avant d’être incarcéré, il a fait l’objet de six procédures et a été condamné à trois reprises”, raconte Antoine LeRoy, substitut du procureur général et chef de la cellule de protection de l’enfance. Célèbre A. Il était impliqué dans un trafic de drogue et il était déjà préoccupé par la possession d’armes, mais l’affaire a été classée sans qu’aucune autre mesure ne soit prise. Il a aussi commis un acte de rébellion envers un policier, mais rien de bien méchant. » Pour un adolescent qui commet des vols, il n’y a pas de problème de placement. Il y a suffisamment de structures d’accueil adéquates. Idem, pour un enfant très violent on trouve toujours une place. au CEF (Centre d’apprentissage fermé) Même si la section part. Plus complexe avec des profils comme ceux de A. Qui se situent entre le spectre bas et le spectre très haut de retard. Dans ces cas là, les positions sont moins faciles à mettre en place. Si on n’avait que quelques places. Au CEF, on va l’utiliser, c’est clair », déclare un représentant du parquet. Le 8 avril 2022, après avoir commis plusieurs délits liés à la drogue, l’étau s’est resserré sur l’enfant des complexes d’appartements. Il a été déféré devant le parquet et placé sous contrôle judiciaire alors qu’il était incarcéré à la prison CDEF 31, où il résidait depuis plusieurs mois. A ce stade, pour les magistrats, sa sévérité n’impose pas son placement au CEF. Antoine LeRoy note qu'”il n’était pas connu pour avoir commis des actes de violence. Il était prématuré de passer au stade de la privation de liberté”. Le juge assure que le placement au CEF n’évitera probablement pas de tuer Lucas. “Attention, ces structures ne sont pas des prisons. Il y a des fugitifs tous les jours. Cela n’empêchera pas les faits de se perpétuer.”

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