aveux, dénégations et destins séparés

[En 2011, deux plaisanciers repêchent une valise contenant un corps dans la baie de Lorient. Commence alors une enquête pour découvrir les circonstances de la mort de cet inconnu. Un récit de Pascale Robert-Diard en six épisodes.]

En détention, Maëlle lit Tâche, par Philippe Roth, et L’oeil le plus bleu, de Toni Morrison. Sabrina emprunté à la bibliothèque Le guide du prisonnier, Paroles de prisonniers et Médecin-chef à la prison de la santé. Maëlle enregistre ses cours, elle est inscrite à la fac, en première année de psychologie. Sabrina rejoint chaque jour l’atelier de boulangerie de la prison. Maëlle raconte qu’à ce stade de sa vie, la prison “bien faire” et elle se lie avec les superviseurs. Sabrina s’indigne de son incarcération, alerte le Garde des Sceaux et le Président de la République pour “le risque d’un Outreau 2” et fait signer à ses codétenus des certificats en sa faveur.

Les destins de “petit breton” et l’ex-caïd des Mureaux, mis en examen pour “enlèvement, séquestration et assassinat”, séparés, chacun prépare sa défense.

Lisez aussi l’épisode précédent : Article réservé à nos abonnés « Un homme à la mer » : le chandelier, la corde et le miroir

Devant le juge d’instruction, Maëlle réitère ses aveux de garde à vue sur le meurtre de Mickaël. Elle était là, elle ne voulait rien, ne décidait rien, mais elle aidait. Elle les prolonge dans une longue lettre de cinq pages à l’orthographe et au style impeccables. « Madame la juge, vous m’avez dit que je pouvais vous écrire et j’en ressens le besoin car vous me semblez être la personne qui a le plus de recul sur cette affaire… » Sabrine, “le pendant féminin de Cahuzac”comme les enquêteurs l’ont surnommée, continue de nier toute participation au crime dont elle est accusée et prétend être victime d’un complot.

Masque adhésif blanc

La juge confronte les deux femmes dans son bureau. Maëlle maintient son histoire. Le 20 juin 2011, Mickaël débarque à l’improviste au salon de la rue Moncey, pour s’expliquer avec Sabrina. La conversation s’est envenimée, il a voulu partir, Sabrina l’a pris en chasse et l’a frappé à la tête avec un chandelier, puis l’a étranglé avec le cordon de l’imprimante. Maëlle tenait l’autre bout.

Après, dit-elle, elle est restée prostrée dans le couloir. Son histoire devient floue. « C’est Sabrina qui s’est occupée de tout le reste parce que je lui ai dit que je ne voulais pas voir. » Elle se souvient seulement de l’avoir aidée à mettre le corps de Mickaël dans la valise qu’ils étaient allés acheter après le crime dans une boutique des Champs-Elysées. « J’ai dû appuyer sur les jambes pour les faire entrer. » Il était enveloppé dans une bâche, les membres enchaînés et le visage entièrement recouvert d’un masque adhésif blanc. Le médecin légiste a conclu que la victime était décédée“asphyxie par suffocation”.

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