Interdiction des tirs d’effarouchement des ours en Ariège : la colère gronde chez les éleveurs d’Ustou

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Les éleveurs d’Ustou, en Ariège, se heurtent à la décision du tribunal administratif de Toulouse qui a suspendu, jeudi 4 août 2022, l’arrêté préfectoral autorisant les tirs d’effarouchement sur les estives d’Ustou – Col d’Escots. Ils dénoncent “une grande méconnaissance du dossier”.

Il fait beau, vendredi 5 août, au-dessus d’Ustou, en Ariège. Pas un seul nuage ne gâche cette belle journée d’été. La quiétude dans le ciel de cette journée d’été se reflète également dans le village, que l’on atteint après avoir remonté le Salat depuis Saint-Girons puis Alet. Dans le village, à deux pas de l’église, le linge sèche, balayé par les quelques rafales de vent, au-dessus du lavoir en pierre encore utilisé par certains habitants. Mais c’est à peu près toute l’animation du village. Du moins apparemment…

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Car dans son bureau, Alain Servat, le maire du village, fulmine depuis qu’il a appris que la justice avait décidé de suspendre l’arrêté préfectoral autorisant les tirs d’effarouchement de l’ours sur l’alpage du col d’Escots.

“Une grosse incompréhension du dossier”

Il ne décolle pas. « Cela prouve que les personnes qui ont pris cette décision ont une grande méconnaissance du dossier, assure-t-il. Contrairement à ce qui se dit, il faut deux mesures pour protéger le troupeau et non trois pour avoir l’autorisation de recourir à ces tirs de peur. Il y a deux bergères qui s’occupent des troupeaux et des parcs nocturnes protégés. Ça suffit !”, insiste, désabusé, celui qui est aussi président de la Fédération pastorale de l’Ariège.

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Il se réfère ici à l’argument du tribunal administratif qui demande au groupement pastoral (GP) d’Ustou – col d’Escots de combiner la surveillance par un berger, la mise en place d’un parc électrifié la nuit et l’utilisation de chiens de protection, les fameux patous, sur l’alpage.

« Je ne suis pas favorable à cette troisième option, rétorque Alain Servat. Car on risque d’avoir des problèmes avec les promeneurs qui vont se retrouver dans les troupeaux. Les chiens vont les prendre pour une menace et on risque d’avoir des accidents. le président du GP qui est responsable.”

“L’ours est plus important que la vie humaine !”

Dans la salle du conseil municipal, qui sert aussi de salle de réunion à l’occasion, le président de la Fédération pastorale est justement rejoint par Marcel Fort, le président du groupe pastoral d’Ustou. Derrière sa moustache, l’homme peine à contenir sa lassitude. « Non seulement nous sommes privés d’effarouchement renforcé, mais aussi d’effarouchement simple. Cela veut dire que si on rencontre un ours, on n’a pas de solution pour s’en sortir ! », prévient M. Fort. « Le message de cette décision est symbolique, poursuit Alain Servat. L’ours est plus important que la vie humaine !

Quelques minutes plus tard, Philippe Perissé s’invite dans la discussion. L’éleveur est le plus en colère du trio présent à la mairie. “La réalité sur le terrain est bien différente de celle décrite. Que les gens qui prennent ces décisions viennent dans nos estives. Ils se rendront compte de la difficulté de notre métier. C’est à ce moment-là qu’on va avoir le plus besoin de craindre qu’on ne pouvoir s’en servir, il tempête sous sa casquette kaki, qu’il n’a pas enlevée lors de cette rencontre impromptue.La justice ne tient pas compte de la difficulté des deux éleveuses qu’Anne-Laure et Violaine se relaient à l’estive.Elles travaillent jour et nuit pour protéger les moutons. C’est leur travail, mais il faut savoir dans quelles conditions ils le font !”

Pessimisme pour les six alpages à venir

Comme partout ailleurs, l’Ariège est touchée par une sécheresse beaucoup plus sévère que d’habitude. A 2 400 mètres d’altitude, l’eau est une denrée encore plus rare que dans la plaine. “Nous leur avons livré 150 litres d’eau minérale hier. [jeudi 4 août] parce qu’ils sont venus boire la même eau que les brebis. Vous n’accepteriez cela dans aucune autre profession. Ils font un travail extraordinaire, je le répète !

Ces trois fervents adversaires de l’ours s’accordent sur un dernier point : « Nous n’avons pas une bonne gestion de l’ours. En le protégeant à outrance, nous l’encourageons à descendre des alpages. Il n’est pas rare de le voir courir quelques à quelques pas de nos maisons, dans nos jardins, assure Alain Servat. Cela servira le pastoralisme, mais aussi le tourisme en cas d’accident. Nous avons essayé de nous adapter, pour ne rien dire, mais nous en demandons toujours plus. Cette décision risque d’aggraver la situation. situation !”, conclut le maire d’Ustou.

Ce qui est aussi pessimiste. Car le tribunal administratif examine un référé-suspension de l’arrêté préfectoral autorisant l’effarouchement dans six autres estives du département, lundi 8 août. L’été risque d’être très chaud à tous égards, en Ariège, cette année.

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