Annie Erno, Nicolas Mathieu et Alice Zeniter… Ces auteurs dont le roman s’est transformé en pièce de théâtre

Nicolas Mathieu, Annie Erno, Alice Zeniter, Karen Towell… Cette année, au Festival d’Avignon, plusieurs auteurs ont le privilège d’adapter des pièces. Certaines compagnies ont choisi de se produire seules sur scène, d’autres ont préféré l’incarner avec une équipe de plusieurs comédiens… Mais comment adapter un roman de 500 pages en un spectacle d’une heure et demie ? Voici quelques-unes des pièces qui ont accepté ce défi.

L’occupation D’après Le Chapeau rouge, d’après Annie Ernaux

Dans ce roman d’une centaine de pages, l’écrivain met en scène une femme d’une quarantaine d’années qui se fait torturer après une séparation. Elle vécut cinq ans avec un jeune homme qu’elle quitta et revint bientôt avec un professeur de 47 ans. Au fond, ma souffrance ne le tuait pas., Roman Boehringer explose dans la peau de son personnage, à propos de ce nouveau beau qui la remplace. Vêtue de noir, les cheveux attachés en chignon, l’actrice incarne cette femme dévorée par l’envie de tout savoir sur sa concurrente, son prénom, son métier, sa façon de s’habiller…

Pendant un peu plus d’une heure, Romane Bohringer monte seule sur scène et teste toutes les humeurs : le découragement quand elle entend je survivrai A la radio du magasin où tu fais tes courses, la séduction quand tu retrouves ton ex au café, l’excitation quand tu penses aux folles nuits d’amour… Parfois c’est trop cru pour Annie Erno, mais surtout l’intelligence et la force de ses réflexions et de l’analyse de ses sentiments.

Roman Boehringer dans

A l’initiative de ce projet, le réalisateur Pierre Pradenas. Il a déjà travaillé avec Romane Bohringer dans chanteur chauve Par Eugene Ionescu, qui lui a valu le prix Molière de la meilleure actrice en 2017. “Je ne ferais pas ce projet si je n’avais pas l’actrice de rêve pour le réaliser”Il explique, sous l’emprise de la magie.

Au premier spectacle, la salle était pleine. Les spectateurs étaient collés les uns aux autres – certains fans d’Annie Erno, d’autres de la famille Boehringer – attendant avec impatience le début du spectacle. Sur scène, l’actrice est accompagnée d’un musicien aux multiples talents, Christophe Mink « Disco » : il joue du ukulélé, du piano et de la guitare. Il utilise des platines au bord de la scène pour mixer ou jouer des percussions. Le morceau se termine, rythmé et enjoué, suivi d’un long moment d’applaudissements. “Je ne m’attendais pas à aimer autant ! “raconte Yvonne, la spectatrice qui prend le départ du Marathon d’Avignon. “J’avais peur que ce soit un peu long… mais c’était tellement délicieux et drôle !”

L’occupation de Pierre Bradina, au Hull Theatre. Jusqu’au 30 juillet, à 14h Il n’y a pas cours les 13, 20 et 27 juillet.

L’art de perdre Du filigrane 111, d’après Alice Zeniter

Lauréate du Prix Goncourt des Lycéens 2017, L’art de perdre Il raconte l’histoire d’une famille entre la France et l’Algérie à travers des générations successives. Le roman est divisé en trois parties : La première partie se déroule en Algérie dans les années cinquante du siècle dernier, alors que se déroule la guerre d’indépendance. Et le second, en France, dans les années 70 et l’arrivée de nombreux réfugiés, ils ont été mis dans des camps puis à la périphérie de la ville. Ce dernier film se déroule aux côtés de Naïma, qui est née en France et qui n’a cessé de faire référence à ses origines algériennes qui ne connaît même pas son histoire.

Ce roman de plus de 400 pages a été modifié en 1h20 par une équipe de passionnés : Cyril Press, Frank Renaud et Céline Dupuy. “Je l’ai lu, (mes textes) étaient clairs, parfois beaux, et surtout j’avais l’impression de découvrir une parenté entre eux, et ma voix était révélée par celle de Céline.”, écrit dans la lettre d’Alice Zeniter, à propos de Céline Dupuy, qui apprécie fortement le rôle unique de cette émission. Cette équipe a longtemps voulu adapter ce roman sans succès. “Au début, je ne trouvais pas de grammaire satisfaisante”Cyril Presse, réalisateur, s’explique. L’adaptation pour le théâtre s’est révélée avec la découverte du documentaire de Frank Reno Makash Mushkel, nos identités“.

Le spectacle est collectif : il croise l’image, le spectacle vivant, et les rencontres. Dans le rôle principal, Céline Dupuy joue la narratrice radio. Elle lit le texte à son bureau ou le joue. Au dos, elle passe en revue des photos et interagit avec l’actrice : tantôt des témoignages du documentaire de Frank Reno, tantôt des acteurs incarnant Hamid, Naama ou Ali sous forme d’interviews fictives. A cette collection s’ajoutent des citations, des extraits de journaux, l’archive vidéo algérienne… La pièce est dense et riche. La scénographie est organisée avec quelques planches de bois qui font écran pour laisser toute la place au texte.

L’art de perdre Il est accessible à ceux qui n’ont jamais lu le roman et plaira également à ceux qui l’ont lu, grâce à tout ce contenu supplémentaire. “Je suis venu ici, par hasard, car mon hôtel n’était pas loin. Et j’ai beaucoup appris sur la guerre d’Algérie et l’intégration des Algériens à leur arrivée en France”dit Ann, qui est venue avec son mari. “Il nous reste un peu de temps avant le prochain spectacle, alors je vais en profiter pour aller acheter le livre ! Il m’a donné envie.”

L’art de perdre De Filigrane 111, au Théâtre de l’Entrepôt (1er Boulevard Champfleury, à Avignon). Jusqu’au 30 juillet à 16 h 20. Relâche les 11, 18 et 25 juillet.

leurs enfants après eux De Demain de l’aube, d’après Nicolas Mathieu

Le jeune réalisateur Hugo Ro qui signe une citation leurs enfants après eux, il a choisi d’aller et venir entre des conversations ancrées dans le quotidien et des gros titres pour le public. Les personnages sont aujourd’hui tour à tour témoins extérieurs de leur propre histoire. Le passage du présent au passé simple se fait sans heurt et donne corps au texte puissant du Lauréat du Prix Goncourt 2018.

Dans la chaleur étouffante de l’été lorrain, les jeunes hommes étouffent, se précipitent hors de la zone, s’occupent et tuent le temps comme ils peuvent. Anthony, Hussein, Steve et Clem, ils rêvent tous “Sortez de l’enfer” Sans vraiment connaître l’itinéraire ni la destination. Entre rage, ennui et désir, les sept comédiens de Demain d’aube captent puissamment ces adolescents et leurs parents sans horizon, passant habilement d’un personnage à l’autre.

Jeune homme déchaîné et prêt à exploser.

“Ce que j’ai aimé dans le roman de Nicolas Mathieu”Témoignez du jeune réalisateur Hugo Ro, “C’est qu’il montre comment les systèmes économiques, sociaux et politiques affectent les désirs des individus.” A vingt-six ans, ce diplômé de l’ENSATT en est déjà à sa dixième rentrée et, comme tous les membres du Demain d’aube, fait preuve d’une remarquable maturité. La scénographie simple de Juliette Desprogues atteste de ces impératifs.

On entre dans la pièce en tournant les pages du livre, immergé dans le langage et l’intensité des personnages, imprégné du sentiment complexe d’avoir un monde à conquérir sans connaître les outils pour y parvenir. Nous imaginons des images fortes : le corps sensuel et brutal d’Anthony et Steve, le soleil sur la peau d’Helen à la piscine du coin, et la lente descente aux enfers du père alcoolique d’Anthony. L’auteur Nicolas Mathieu, qui soutient le projet, a confirmé qu’on le retrouvera à la salle d’Avignon pour saluer cette jeune compagnie.

leurs enfants après eux De demain à partir de l’aube, au théâtre 11. Jusqu’au 29 juillet, 22 h 15. Il n’y a pas cours les 12, 19 et 26 juillet.

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