“Dans l’état où est la montagne, les gens n’ont rien à faire sur le Mont-Blanc”, estime le maire de Saint-Gervais

“Dans l’état où est la montagne, les gens n’ont rien à faire sur le Mont-Blanc”, estime le maire de Saint-Gervais (Haute-Savoie), Jean-Marc Peillex, samedi 6 août sur franceinfo, après avoir fermé les refuges du Goûter et de Tête Rousse jusqu’à nouvel ordre. Les nombreuses chutes de pierres liées à la sécheresse représentent un danger mortel pour les alpinistes plus ou moins expérimentés qui s’aventurent sur les sommets.

franceinfo : Pourquoi avez-vous décidé de fermer ces deux refuges ?

Jean-Marc Peillex : C’est la troisième fois depuis que je suis maire que je prends une telle décision, en 2003, en 2015 et donc en 2022. Comme notre message de prévention n’est pas entendu par des dizaines d’alpinistes individuels et que le message des compagnies de guides n’est pas entendu non plus , l’étape suivante consistait à fermer les refuges pour montrer aux candidats alpinistes ou plutôt aux alpinistes urbains, ceux qui ne connaissent pas les codes de la montagne, qui viennent notamment des pays de l’Europe de l’Est, qu’ils doivent reporter leur ascension du Mont-Blanc et faire demi-tour. Avant, les refuges étaient ouverts donc ils se disaient “je traverse encore, si je meurs ce n’est pas trop grave et j’arriverai quand même au refuge”.

Les candidats à l’ascension du Mont-Blanc ne sont-ils pas équipés pour cela ?

Certains ne sont pas équipés. Nous avons refoulé six Roumains qui étaient en short et bobs, sans équipement d’alpinisme, sans crampons, sans piolet, sans casque. Hier, c’était un alpiniste d’Europe de l’Est coiffé d’une coiffe Davy Crockett, avec une queue de renard, il était à moitié nu avec des chaussures qui n’étaient même pas des baskets. C’est la population qui défie les recommandations et les interdits. Ceux-ci doivent être pénalisés, sauf que nous ne pouvons pas aujourd’hui, nous n’avons pas de texte qui nous permette de les pénaliser. J’ai lancé l’idée de leur faire payer une caution de 15 000 euros qui correspond aux frais du suicide, en quelque sorte.

“Tu veux te suicider, je n’ai pas le droit de m’y opposer, le suicide est légal en France. En revanche, 10 000 euros c’est le coût de l’hélicoptère pour récupérer ton corps et 5 000 euros pour l’enterrer au cimetière.”

Jean-Marc Peillex, Maire de Saint-Gervais

chez franceinfo

L’ascension du Mont-Blanc est pour les alpinistes, pas pour les marcheurs en baskets. C’est sérieux. Vous pouvez y perdre la vie. C’est quelque chose d’important. Nous montons à 4 800 mètres d’altitude. Ça demande de la préparation, de l’acclimatation, il faut connaître le terrain, prendre un guide. On dit aux gens que dans l’état où ils sont et dans l’état de la montagne, ils n’ont rien à faire au Mont-Blanc. Les gendarmes de haute montagne contrôlent ces gens qui se prennent pour des alpinistes et qui ne montent là-haut que pour prendre une photo Instagram.

La sécheresse a aussi des conséquences sur la vie économique en montagne, notamment dans l’agriculture : l’herbe s’épuise pour les troupeaux. Les agriculteurs devront-ils aussi s’adapter ?

Il faut arrêter de vouloir croire que l’année prochaine tout ira mieux, que tout se rétablira. Aujourd’hui, nous sommes dans un cycle de changements climatiques – le réchauffement mais aussi la diminution des précipitations et beaucoup de choses qui entrent en jeu – et c’est à nous de nous adapter et de ne pas croire que nous pourrons appuyer sur un bouton pour restaurer ce qui s’est passé avant. C’est valable pour l’agriculture, c’est valable pour l’eau, c’est valable pour la montagne. Nous devons adapter notre comportement et cesser de nous croire supérieurs à Dieu et à l’univers. Par exemple, nous allons proposer que, du 10 juillet au 20 août, nous ne puissions plus aller au Mont-Blanc car ce n’est pas le moment. Les guides vous emmèneront ailleurs pour profiter de la montagne. Pour les troupeaux, ils doivent s’adapter comme ils se sont toujours adaptés au climat. La grande canicule de 2003, c’était il y a 19 ans, il ne faut donc pas agiter les chiffons rouges aujourd’hui en disant que les choses changent.

“On a peut-être la mémoire courte, mais on ne veut surtout pas s’adapter, c’est le gros problème qu’on a dans les civilisations occidentales.”

Jean-Marc Peillex

chez franceinfo

Nous pensons toujours que l’année prochaine, nous ferons à nouveau le Mont-Blanc comme nous l’avons fait il y a 30 ans et que les pâturages seront verts comme ils l’étaient il y a 20 ans, mais non, ils seront ce qu’ils sont, à nous de nous adapter et commençons par devenir intelligents.

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