à Lourdes, les pèlerins réapparaissent

Pour évaluer l’affluence au sanctuaire de Lourdes, Françoise Steff, héritière des photographies de Viron, a une technique imparable : elle observe la taille de ses photos. « Regardez celle des pèlerins de Brescia [dans le nord de l’Italie], il fait 25 × 40 cm. Normalement, c’est un 25×55. Les groupes reviennent, surtout les Français, mais ils prennent moins de place devant l’objectif. » Celui dont l’arrière-grand-père a photographié la jeune Bernadette Soubirous, il y a un siècle et demi, garde le bon sens commercial : « Moins sur la photo, ils se voient mieux, donc ils achètent plus. »

Françoise Steff, gérante du magasin photo Viron, à Lourdes (Hautes-Pyrénées), le 8 août 2022.

Ses cahiers à spirale dûment manuscrits témoignent de l’effondrement du nombre de pèlerinages organisés pendant la pandémie de Covid-19. En 2019, 15 000 clichés ; en 2020, 400 ; cette année, au 10 août : 6 500. Les affaires reprennent, et le pèlerinage national de l’Assomption, à l’occasion du week-end du 15 août, devrait être le plus grand rassemblement depuis trois ans, marqué par le retour des cars et des trains blancs. Les intentions de prière envoyées par La Poste et les messes sur YouTube ne remplacent pas, assurent les pèlerins, l’évasion du corps, les moments d’empathie et la communion physique. Lourdes est un voyage spirituel à petit prix, parfois 50 euros en pension complète – comme au mal nommé Hôtel Corona, situé rue du Calvaire.

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Pourtant, les grandes heures de la cité mariale semblent à des années-lumière. Dans les rues de la ville basse, on croise plus de roues de vélo que de fauteuils. Lundi 8 août, lors de la messe du matin devant la grotte de Massabielle, une centaine de malades et compagnons communient, sous le regard de la Vierge Marie et d’un soleil engourdissant. Certaines bannières revendiquent un diocèse. On se serre sur les bancs, et seuls ces petits ronds dessinés au sol, sans occupants, rappellent l’ère de la distanciation sociale. Si on les voit, c’est que l’esplanade est loin d’être pleine.

« Il fut un temps où nous faisions tous la même chose »

De tous les hauts lieux du tourisme français, Lourdes est celui qui se remet le moins vite de la crise sanitaire. Le sanctuaire estime que sa fréquentation en 2022 sera bien inférieure à celle de 2019 (3,5 millions de visiteurs). Les pèlerinages organisés sont divisés par deux, tandis que les visiteurs individuels et les petits groupes sont en augmentation. Les Italiens et les Espagnols sont revenus, mais nous espérons toujours des groupes d’Irlandais, d’Anglais, de Polonais et de Sud-Américains.

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