“Il y a de l’espoir, on sent une sorte de résistance passive” contre les talibans, témoigne Soline Chalvon Fioriti, Senior Reporter

“Il y a de l’espoir, on sent une sorte de résistance passive”, témoigné lundi 15 août par France Info Solin Chalvon Fioriti, grand reporter qui sillonne l’Afghanistan depuis plus de dix ans. Il y a un an, la ville de Kaboul tombait aux mains des talibans.

franceinfo : Où est l’Afghanistan ?

Soleen Chalvon Fiority : La différence avec le pays n’était pas aussi nette que le jour et la nuit, mais elle se rapproche de tout. C’est un pays qui s’effondre parce que la pauvreté est tellement incroyable que lorsque vous descendez de l’avion, vous y avez accès.

“Vous avez des gens qui mendient à Kaboul que vous n’avez jamais vus auparavant, ce sont des ingénieurs, des enseignants, des classes moyennes.”

Soleen Chalvon Fioriti, correspondante principale

à franceinfo

Ils s’accumulent devant les fours et les rues. Vous avez aussi les talibans, ces hommes armés, avec des points de contrôle tous les 200 mètres et qui abandonnent le quotidien en Afghanistan.

La femme est-elle visible ?

Elles se montrent et pas seulement dans les manifestations qui ne rassemblent que quelques dizaines de femmes courageuses. Parfois, dans les quartiers populaires, on voit la nuit une jeune femme de 18 ans qui ne cache pas son visage même si c’est une contrainte et qui marche seule. C’est de la résistance passive, même si, malheureusement, le projet taliban, qui consiste à cacher les femmes à l’intérieur des maisons, a beaucoup de succès car il y a moins de femmes à l’extérieur. Pourquoi sortir si vous êtes au chômage et que vous devez cacher votre visage, vous menacer et que tout le monde vous rappelle que vous n’êtes pas assez couvert. Les femmes afghanes ont largement quitté les lieux publics.

Est-il facile de parler aux gens ? Sont-ils critiques ?

Les Afghans font ça mais quand on parle des médias ça devient très compliqué. Il y a une désintégration de la liberté d’expression en Afghanistan, en particulier au cours des six derniers mois. Trois, quatre, premiers mois, les gens peuvent encore écrire ce qu’ils veulent, mais maintenant c’est impossible, même des journalistes étrangers sont arrêtés.

« La parole n’est pas libre du tout, c’est de la rhétorique d’État dans certains médias, mais grâce aux réseaux sociaux, on voit des Afghans dire ce qu’ils pensent.

Soleen Chalvon Fiority

à franceinfo

A part le réseautage aussi, les commerçants, les gens de la campagne, vous avez quand même des gens qui n’ont pas peur de parler.

Dans quel climat travaillez-vous ?

C’est très difficile parce qu’il est en constante évolution. Là où il y a trois mois vous estimiez avoir pris la nécessaire protection de vos sources, au fil des mois vous vous rendez compte que les personnes qui vous aident au travail sont très contrariées par la suite. Ils reçoivent des visites, leur père est enfermé et les menaces fusent. Le travail est beaucoup plus difficile et le pire ce sont les entretiens avec les anciens des forces de sécurité. Ce sont les personnes que vous mettez en danger immédiat.

Le désir d’exil est-il toujours fort ?

C’est presque pire, c’est un excès de désir, c’est bien triste. Il y a 38 millions d’habitants en Afghanistan, alors vous pouvez imaginer qu’ils ne sont pas tous partis. Beaucoup de gens ont décidé de rester, pensant qu’il y avait peut-être une possibilité de créer un système bancaire et économique. Mais c’est impossible. Alors tous les gens que tu croises ont envie de partir et ils le font par milliers via l’Iran ou le Pakistan même si la question des visas est plus serrée. Les projections estiment que 97 % des Afghans souffriront de la pauvreté.

Reste-t-il un espoir ?

Il y a de l’espoir, on ressent une sorte de résistance passive. La jeune de 18 ans qui ne cache pas son visage croit en l’humanité, les femmes afghanes marchent dans la rue depuis un an, et ça donne envie d’y croire, quand on voit des gens à Kaboul narguer parfois les talibans, ne lâchez prise, on se dit que ces gars-là ne lâcheront pas prise. J’espère que ça vient des jeunes.

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