Avec la sécheresse historique, les précipitations sont-elles une bonne nouvelle ?

Après le beau temps, la pluie. La France a subi une période de canicule particulièrement intense mais de violents orages sont attendus à partir de ce mardi. Dans les prochains jours, le temps devrait s’intensifier. Mais ces pluies violentes sont-elles une bonne nouvelle ? 20 minutes fait le point avec Jean-Michel Soubeyroux, climatologue à Météo-France.

Ces précipitations sont-elles les bienvenues pour la sécheresse du sol ?

Une pluie battante est tombée ce week-end au grand dam des Augustiens. Mais pour le plus grand plaisir de nos sols assoiffés. Malheureusement, “l’infiltration de l’eau pourrait être ralentie par la sécheresse du sol”, explique Jean-Michel Soubeyroux, climatologue à Météo-France. Sur les sols argileux, l’eau s’infiltre difficilement, surtout lorsqu’elle tombe en grand tourbillon.

“Le problème, ce sont plus les pluies intenses que la sécheresse du sol”, souligne le climatologue qui ajoute que si les pluies étaient modérées, le sol pourrait lentement s’humidifier et absorber l’eau. Mais ce mardi, Météo-France a prévenu d’un épisode orageux et localement, des cumuls de 20 à 40 millimètres en moins d’une heure sont attendus. Or, « l’eau doit d’abord humidifier le sol en surface », alors ces précipitations rapides risquent de provoquer des ruissellements, notamment dans les zones urbaines où les sols sont souvent imperméables. Difficile, en effet, de traverser le macadam. Même pour une goutte.

Cependant, cette précipitation est toujours une bonne nouvelle. “Chaque moment a son urgence. Il faut d’abord réduire le stress hydrique de la végétation», décrypte le climatologue. Après des mois de sécheresse, les plantes françaises vont enfin recevoir un peu d’eau. Une hydratation bienvenue alors que certains arbres paraissent gris et semblent tout droit sortis de l’automne.

C’est aussi une bonne nouvelle pour les incendies puisque dans l’Union européenne, plus de 660 000 hectares ont brûlé depuis janvier. Un record depuis le début des données satellitaires en 2006. L’arrivée de la pluie a, en effet, apporté un relatif répit aux pompiers face aux incendies, avec des feux désormais maîtrisés en Gironde, Drôme et Jura.

Ces précipitations vont-elles nous préparer pour l’hiver ?

La nature ne stocke pas l’eau comme nous stockons le gaz pour se préparer à un hiver rigoureux alors que la Russie ferme les vannes d’approvisionnement. « Là, on est dans un record de sécheresse. Une énorme quantité d’eau va être absorbée par les sols superficiels et la végétation, on est encore loin de remplir les nappes phréatiques », décrypte Jean-Michel Soubeyroux. La pluie, cependant, humidifie les couches supérieures du sol, qui seront alors prêtes à laisser l’eau s’infiltrer jusqu’aux nappes phréatiques.

Mais “le remplissage des nappes phréatiques ne se fera pas avant l’automne”, insiste le climatologue. D’autant que l’institution météorologique prédit, après ces quelques jours orageux, le retour à un temps chaud et sec. “C’est donc peut-être la seule opportunité que nous ayons d’améliorer la situation face à la sécheresse”, explique Jean-Michel Soubeyroux.

Ces précipitations violentes peuvent-elles être dangereuses ?

L’intensité des précipitations, surtout sur sol sec, peut cependant provoquer des inondations. « Dans les régions méditerranéennes, l’intensité des précipitations extrêmes a augmenté de 15 % depuis les années 1960 », souligne le climatologue. L’année dernière, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) soulignait dans son rapport qu’avec le réchauffement climatique, les pluies torrentielles seront plus fréquentes et plus intenses. Pour chaque degré de réchauffement, l’intensité des précipitations extrêmes augmente de 7 %.

Les précipitations violentes à venir pourraient donc créer des inondations tandis que l’assèchement des sols agirait comme un « facteur aggravant ». Il faut aussi garder un œil sur un autre phénomène : celui des tempêtes sèches. Ces orages, qui n’apportent que peu ou pas de pluie, peuvent enflammer la végétation. Si la foudre frappe un sol sec et une végétation soumise à un stress hydrique, elle peut provoquer un incendie naturel.

C’est ce qui s’est passé jeudi dernier dans les Bouches-du-Rhône, à Auriol. La foudre a frappé le parc régional de la Sainte-Baume et enflammé la végétation sèche qui l’entourait. Et si la foudre ne frappe pas deux fois au même endroit, nos sapeurs-pompiers pourraient se retrouver sur tous les fronts, entre inondations et feux de forêts.

Leave a Reply

Your email address will not be published.