Face à la sécheresse, ces pêcheurs se transforment en sauveteurs de poissons

La Fédération Iséroise de Pêche La Fédération de pêche de l’Isère a mené une opération de sauvetage des poissons.

La Fédération Iséroise de Pêche

Les opérations de sauvetage de poissons se multiplient à mesure que les cours d’eau s’assèchent.

ENVIRONNEMENT – “17 000 poissons sauvés depuis juin grâce aux opérations de pêche de sauvetage », un bon disque dont Guillaume Gourdy ne peut vraiment pas se réjouir. Le chargé de mission à la Fédération de la pêche et de la protection des milieux aquatiques de Haute-Savoie nous confie au téléphone qu’il n’a jamais vu de rivières aussi asséchées dans son département depuis la canicule de 2003.

Alors que les prises de poissons se multiplient, comme à Fegersheim près de Strasbourg ce lundi 15 août, Le HuffPost ont interrogé des acteurs locaux qui viennent à leur rescousse.

En Haute-Savoie, c’est le ruisseau Chamburaz, affluent de l’Hermance, qui ne coule plus. Résultat : il ne reste plus que des flaques où les poissons meurent faute d’oxygène. “Nous intervenons en priorité dans les rivières où il y a des gouilles, sortes de poches d’eau où les poissons se coincent car ils ne sont plus reliés aux rivières”, explique Guillaume Gourdy. D’autant que lorsqu’il y a peu de débit, l’eau chauffe très vite et les poissons d’eau douce ne tolèrent pas un bassin à plus de 20°C.

Même les chasseurs commencent à pêcher

Les fédérations et associations doivent donc agir rapidement pour déplacer les poissons vers des cours d’eau avec un débit suffisant et des températures tolérables. Leurs interventions consistent à récupérer les poissons “utiliser un générateur pour pouvoir les remettre dans un flux”. Plus précisément, un choc électrique est envoyé dans l’eau, attirant les poissons sans les électrocuter, puis l’animal est ramassé à l’aide d’une épuisette, mis dans un seau ou un bac et relâché dans un autre cours d’eau.

Ces opérations de sauvetage demandent beaucoup d’endurance, 56 ont été nécessaires pour sauver 17 000 poissons en Haute-Savoie. Les pêcheurs n’hésitent pas à partager leur savoir-faire lors de ces missions : “Ils nous servent de sentinelles, ils connaissent parfaitement les milieux aquatiques et envoient par mail aux associations locales des descriptifs et des photographies de l’état des rivières et des lacs”rapporte Guillaume Gourdy.

Les pêcheurs s’inquiètent de la dégradation des milieux aquatiques, et certains chasseurs se joignent à leur cause. En Normandie, des chasseurs du Havre ont décidé de sauver les carpes et les anguilles de l’estuaire de la Seine, en partie classé en réserve naturelle nationale. Sans autorisation légale, le président de l’association ACDPM, Sacha Devillers, a donné son accord à son équipe pour une opération il y a dix jours : « On descend dans l’eau, on attrape les carpes avec des épuisettes, on les met dans de grands bassins et on les remet dans la Seine »il décrit HuffPost.

Si ces chasseurs sont intervenus, c’est parce que selon eux le gestionnaire de l’estuaire n’a rien fait : « Ils pourraient ouvrir les vannes pour que l’eau revienne. Certains étangs n’ont pas de prises d’eau, mais ici nous sommes reliés à la Seine. Comme personne ne faisait rien, nous avons pris nos épuisettes nous-mêmes. »

Déplacer un poisson n’est pas sans risque

Bien sûr, les sauvetages locaux ne sauveront pas tous les poissons. “On essaie de répondre à l’urgence sur une rivière qui s’assèche quand on a des signalements, mais on ne peut pas être partout, il y a 2.000 km de rivière dans le département”constate Laurent Fridrick, responsable technique de la Fédération de pêche du Lot, interrogé par France Bleu. Il ajoute que si la technique ne nuit pas aux espèces de poissons, déplacer un poisson vers un autre bassin n’est pas sans risque : surpopulation, compétition entre espèces déjà présentes, et “il y a aussi le risque que les poissons soient porteurs de maladies”.

Ces limitations font de la pêche de sauvetage une technique non viable à long terme. De plus, les espèces aquatiques sont de plus en plus vulnérables aux aléas climatiques, alors faut-il interdire la pêche en période de sécheresse pour préserver la biodiversité ?

” Je ne pense pasrépond Guillaume Gourdy, déjà parce que les pêcheurs sont indispensables pour surveiller les écosystèmes, l’état de la sécheresse, et les épisodes de pollution plus fréquents lorsque les débits d’eau sont réduits et qu’il y a moins de facteurs de dilution. Ensuite, parce qu’en Haute-Savoie nous avons des lacs d’altitude avec des températures assez fraîches, où il n’y a aucun danger pour les poissons et donc aucune raison d’interdire la pêche. Enfin, parce que la pêche se régule d’elle-même. » Il explique qu’à partir de 19°C dans l’eau, les poissons deviennent stressés, cessent de se nourrir et ne sont donc plus attirés par les appâts des pêcheurs.

Pêche ou pas pêche, la solution la plus efficace pour sauver le poisson serait d’agir à la source. Les sécheresses vont en effet être de plus en plus intenses avec le réchauffement climatique et pour limiter leurs effets, nous devons désormais réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.

Voir aussi sur Le HuffPost : Face à la sécheresse en Suisse, l’eau livrée par hélicoptères aux éleveurs

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