Pourquoi les orages actuels ne mettront pas fin à la sécheresse

La pluie est de retour. Après une troisième canicule qui a touché toute la France, des orages sévissent depuis dimanche dans plusieurs régions. Météo France a placé cinq départements du sud de la France en vigilance orange aux orages ce mardi 16 août.

Ces pluies en grande quantité étaient attendues sur tout le territoire, alors que le pays connaît un épisode de sécheresse historique. Le niveau des nappes phréatiques est particulièrement bas et plusieurs communes ont été privées d’eau en juillet, le mois le plus sec jamais enregistré par Météo France.

Mais ces précipitations, courtes et intenses, ne sont pas forcément de bon augure. Franceinfo explique pourquoi ils ne contribueront pas à juguler la sécheresse.

Car il faudrait des pluies plus étalées dans le temps

Beaucoup d’eau en peu de temps. C’est ce que prévoit Météo France pour mardi. L’après-midi dans le sud du Massif Central (Tarn et Aveyron) ainsi que dans l’Aude, “on s’attend à des accumulations locales de 20 à 40 mm en moins d’une heure”note l’institut de prévision dans son dernier bulletin.

Les orages doivent atteindre l’Hérault et le Gard en fin d’après-midi avec d’intenses précipitations. “On peut localement dépasser 100 à 120 mm”, prévient Météo France. Ces orages devraient se déplacer vers la région Provence-Alpes-Côte d’Azur dans la nuit.

Cependant, le rythme de ces précipitations n’est pas adapté pour bien hydrater le sol.“Nous préférons les pluies qui tombent modérément sur une longue durée que les pluies qui tombent très intensément sur une très courte durée, comme ce fut le cas ce dimanche où la pluie n’a pas eu le temps de pénétrer le sol”Précisions sur TF1 Patrick Galois, prévisionniste à Météo France.

“La sécheresse dure depuis un moment, les plantes souffrent, et il faudra de petites pluies régulières pour espérer que cette végétation recommencera”confirme auprès de BFMTV Romaric Cinotti, référent feu de végétation à Météo France.

Parce que le déficit pluviométrique sur l’année est trop important pour être comblé aussi rapidement

Il a très peu plu en France depuis le début de l’année. Après un hiver très sec, les pluies ont été rares au printemps, et l’été caniculaire n’a pas arrangé la situation. Juillet 2022 a été le mois le plus sec depuis le début des relevés en 1959, avec un déficit pluviométrique de 85 %.

“Le cumul des pluies depuis le début de l’année hydrologique (septembre 2021) affiche des valeurs inférieures à la normale de 10 à 50% sur l’ensemble du pays”figurait Météo France dans son dernier bulletin hydrologique, le 8 août. Dans ce contexte, les tempêtes ponctuelles qui ont frappé la France sont loin de combler un déficit de long terme.

Parce que la pluie ruisselle sur des sols secs qui absorbent moins d’eau

Paradoxalement, l’eau pénètre moins bien dans les sols secs. Ce phénomène est illustré par une vidéo de l’Université britannique de Reading. L’expérience du chercheur Rob Thompson consiste à renverser un verre rempli d’eau sur trois types de sols différents : humide, normal et sec. Résultat : il est beaucoup plus difficile pour l’eau de s’infiltrer dans le sol sec.

Un phénomène qui s’explique par l’herbe morte, qui ne boit plus, et la dureté du sol. “Une partie du couvert végétal est morte et n’absorbe plus l’eau. Et puis la terre se durcit, la structure du sol change, et au lieu d’avoir quelque chose de meuble, on a une surface dure”résume Jérôme Lecou, ​​prévisionniste à Météo France à Ouest de la France.

Pire, de fortes pluies sur un sol sec peuvent favoriser les inondations, car l’eau s’écoule sans pénétrer dans le sol. “Après une période de sécheresse, les sols secs ne sont plus en mesure d’absorber correctement les précipitations et cela peut provoquer des inondations, des crues et des glissements de terrain”prévient le centre d’information sur l’eau.

Parce que cet épisode de pluie ne suffira pas à recharger les nappes phréatiques

Il faudra attendre l’hiver pour voir les nappes phréatiques se recharger. “Le sol est en première position face à la pluie, c’est celui qui est utilisé en premier. Cela va permettre un redémarrage de la vie végétale., explique l’hydrologue Vazken Andreassian à franceinfo. Mais d’un autre côté, l’eau souterraine doit attendre : elle est utilisée en dernier.”

“Il faudrait plusieurs épisodes de ce type pour recharger un peu durablement les nappes phréatiques”, analyse Yves Tremblay, hydrologue au laboratoire Hydrosciences de Montpellier interrogé par franceinfo. L’hiver prochain devra encore être plus pluvieux. Au risque d’être confronté aux mêmes problèmes de sécheresse, avec des nappes phréatiques déjà au plus bas.

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