Est-il vraiment possible de faire sauter la centrale nucléaire de Zaporozhye ?

Sous contrôle russe, l’usine ukrainienne de Zaporozhye inquiète. Ces derniers jours, les grèves se sont multipliées autour de la plus grande centrale nucléaire d’Europe. Sur les réseaux sociaux, vidéo largement partagée montre même la présence de plusieurs équipements militaires russes entreposés à l’intérieur. “Des terroristes russes ont placé du matériel militaire et des explosifs dans la salle des machines de la centrale nucléaire de Zaporozhye”, raconte un premier internaute. “Les Russes vont faire sauter l’usine parce qu’aucun pays ne veut aider l’Ukraine à les arrêter”, a ajouté un second.

Mais est-il vraiment possible de faire sauter une centrale nucléaire ? Nous avons interrogé Emmanuelle Galichet, docteur en physique nucléaire et maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) à ce sujet.

FAUX

“Le risque 0 n’existe malheureusement pas”, répond d’emblée le spécialiste. Pourtant, la construction de l’usine de Zaporozhe rassure Emmanuelle Galichet. “La façon dont il a été conçu lui permet de résister à beaucoup de choses”. Rien à voir avec les précédentes catastrophes nucléaires, comme Tchernobyl ou Fukushima. La centrale électrique de Zaporozhye ressemble plus à des bâtiments français.

En réalité, la plante est recouverte d’une enveloppe qui lui sert de bouclier. « L’enceinte de confinement est en béton armé et fait près d’un mètre d’épaisseur, explique Emmanuelle Galichet. Quant au cœur du réacteur, il est enfermé dans une cuve, elle-même protégée par un puits de cuve. Et en surface, une dalle très robuste limite la casse due à la chute d’objets lourds. Cependant, le médecin s’inquiète sur un point : “Aucun exploitant nucléaire n’a fait de démonstration de sûreté pour prouver qu’une guerre et des armes plus ou moins puissantes ne pourraient pas atteindre la centrale”.

“L’intérieur est une structure complexe et compartimentée”

Le constat d’Emmanuel Galichet est partagé par les experts du magazine Défense & Sécurité internationale. Sur un fil posté sur Twitter, ce vendredi, la presse spécialisée a répondu aux différentes craintes d’une future explosion : “Qu’il y ait des camions n’indique pas qu’il va se passer quelque chose”. Selon l’auteur, les équipements sont principalement entreposés dans le bâtiment turbine, « attenant au bâtiment réacteur ». Comme nous l’a dit Emmanuelle Galichet, les matériaux de l’usine limitent le risque d’une terrible explosion. « Le bâtiment de la turbine est construit en béton, avec des structures métalliques (murs/toit). L’intérieur est une structure complexe et compartimentée », souligne le compte Twitter Défense & Sécurité Internationale.

Selon eux, le risque dépendrait principalement du volume d’explosifs et de leurs emplacements. “Il n’est pas certain que le bâtiment réacteur puisse être touché, ni que les organes essentiels capables de dégager de la radioactivité (générateurs de vapeur, boucles primaires, pompes primaires et auxiliaires) en son sein le soient”, conclut l’auteur. , qui confirme les propos du chercheur du CNAM : « Zaporijie n’est ni Tchernobyl ni Fukushima : les structures de confinement diffèrent ».

Des conséquences trop fortes

Emmanuelle Galichet et Défense & Sécurité internationale s’accordent également sur un point : la Russie ne risquerait pas de faire sauter une centrale électrique en Ukraine. “Les Russes et les Ukrainiens ont conscience du risque qu’ils font courir à leur population avant tout”, avance Emmanuelle Galichet. « Des rejets plus ou moins massifs risquent de poser problème aux Russes eux-mêmes, explique l’auteur de Défense & Sécurité internationale. Cela ressemblerait plutôt à une stratégie de la peur qui joue sur l’angoisse des risques nucléaires, certainement exacerbée par des catastrophes nucléaires comme Tchernobyl.

Cependant, les frappes autour de Zaporozhye ne peuvent être ignorées. “Nous devons nous préparer à tous les scénarios possibles”, a récemment averti le ministre ukrainien de l’Intérieur, Denys Monastyrsky, lors d’une visite à l’usine. L’Agence internationale de l’énergie automatique (AIEA) a également été mandatée par l’Otan pour une mission d’expertise sur place, qui a cependant été rejetée par l’Ukraine. Ce vendredi Vladimir Poutine et Emmanuel Macron se seraient mis d’accord lors d’un entretien téléphonique d’une inspection de Zaporozhye par l’AIEA “dans les plus brefs délais”.

Début août, des bombardements avaient “gravement endommagé” une station contenant de l’azote et de l’oxygène et un “bâtiment auxiliaire”. “Il y a toujours des risques de fuite d’hydrogène et de substances radioactives, et le risque d’incendie est également élevé”, a déclaré à l’époque la société ukrainienne d’énergie atomique Energoatom.

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