Le prix du gaz européen continue de flamber, l’hiver s’annonce tendu

L’Europe tente péniblement de se sevrer du gaz russe dont Moscou se sert comme levier.

Le prix du gaz européen a poursuivi vendredi son inexorable hausse, dopé par la difficulté de l’Union européenne à amasser des réserves suffisantes pour pouvoir se passer des exportations russes durant l’hiver sans créer de pénurie.

Le contrat à terme néerlandais TTF, la référence du gaz naturel en Europe, s’échangeait à 249,00 euros le mégawattheure (MWh) vers 11h50 GMT (13h50 à Paris), un niveau qui n’avait pas été observé en séance depuis la premiers jours extrêmement instables de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Jeudi, il a même terminé sur un plus haut historique à la clôture, à 241 euros le mégawattheure. Cependant, cela reste encore loin du pic historique en séance atteint le 7 mars à 345 euros.

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Pénuries dans certaines régions allemandes cet hiver

Le régulateur allemand de l’énergie a averti jeudi que le pays risquait de manquer son objectif de remplissage des réservoirs fixé par le gouvernement d’Olaf Scholz. Le chef du régulateur, Klaus Müller, a averti qu’il fallait s’attendre à des pénuries dans certaines régions pendant l’hiver, et qu’il ne s’agissait “pas depas un hiver mais au moins deux, et le deuxième hiver pourrait être encore plus difficile“. L’Europe tente péniblement de se sevrer du gaz russe, dont l’Allemagne est particulièrement dépendante, et dont Moscou se sert comme moyen de pression dans le cadre de son invasion de l’Ukraine.

En Allemagne, à partir du 1er octobre, les importateurs pourront facturer 2,4 centimes de plus par kilowattheure (KWh) de gaz aux entreprises et aux particuliers. Même si le gouvernement a promis de l’amortir pour les plus modestes, »le choc sur la facture d’octobre devrait entraîner une baisse de la demande des ménages», commentent les analystes de Deutsche Bank.

Consommation électrique importante due aux canicules

L’électricité, quant à elle, suit mécaniquement l’évolution des prix du gaz, car le marché est fixé sur le coût des centrales à gaz (et à charbon) appelées à la rescousse pour assurer l’équilibre du système. Des prix ont été tiréspar de faibles niveaux de vent (pour l’énergie éolienne) ainsi que des coûts élevés pour l’électricité au charbon et au gaz», ont souligné les analystes de Rystad Energy. Dans le même temps, un été particulièrement chaud limite la production d’électricité : la canicule affecte les systèmes de refroidissement des centrales nucléaires et la sécheresse empêche les barges d’acheminer le charbon vers les centrales allemandes.

Cependant, la canicule stimule la consommation d’électricité pour la climatisation et la ventilation, limitant la baisse habituelle pendant les mois d’été. L’électricité à livrer l’an prochain en Allemagne a dépassé pour la première fois les 500 euros par MWh ces derniers jours, contre un peu plus de 300 euros début juillet. “Cela pourrait être la plus grande crise énergétique en Europe depuis au moins une générationprévient John Plassard, analyste chez Mirabaud.

Chute des prix du pétrole

Moins dépendant du marché européen, les cours du pétrole fléchissaient vendredi de -2,07% à 94,59 dollars pour la référence européenne, le Brent de la mer du Nord pour livraison en octobre, et de -1,99% à 88,72 dollars pour l’américain West Texas Intermediate (WTI) qui expire en septembre. “Les raisons de parier sur une baisse ne manquent pas, mais les acteurs du marché semblaient les avoir oubliées depuis deux séancesa commenté Stephen Brennock, analyste chez PVM. Il souligne que les volumes sont particulièrement maigres cet été, ce qui favorise une volatilité accrue des prix et pousse l’analyste à accorder peu de crédit au rebond amorcé mercredi après une chute surprise des actions américaines.

«Une récession mondiale qui détruirait la demande reste la principale inquiétude, avec des données sombres en provenance de la zone euro et de la Chine“, il ajoute. Vendredi, la force du dollar, dopée par la perspective d’un resserrement de la politique monétaire aux Etats-Unis, a également pesé sur le pétrole. Le billet vert étant la devise de référence du marché pétrolier, sa hausse pèse sur le pouvoir d’achat des investisseurs qui utilisent d’autres devises.

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