fournisseurs alternatifs en crise

26 août 2022 à 09:38,
Mis à jour le 26 août 2022 à 11h21

Temps de lecture : 5 minutes

Énergie

Que se passe-t-il avec les fournisseurs d’électricité alternatifs en France ? ? Cette semaine, Iberdrola a déclenché un tollé en disant vouloir résilier des milliers de contrats arrivant à expiration. Cet épisode n’est que le dernier d’une longue série. Ces derniers mois, plusieurs acteurs du secteur se sont retirés du marché, comme E.Leclerc énergies et Oui Energy, ou ont été placés en liquidation judiciaire, comme Hydroption. Mint Energy s’est retrouvée dans la tourmente pour avoir soudainement augmenté les factures d’électricité de ses clients. Quant à Enercoop, elle s’est résignée à recourir temporairement à l’énergie nucléaire pour survivre.

Comment on est venu ici ? A cause de la flambée des prix de l’énergie, répondent en chœur les principaux intéressés – une petite vingtaine au total en France. En effet, la plupart d’entre eux ne produisent aucun courant. Ils sont donc contraints d’acheter l’électricité qu’ils revendent à leurs clients, soit sur les marchés de gros européens, soit FEDou d’autres producteurs.

Pourtant, depuis le début de la guerre en Ukraine, le prix du mégawattheure a explosé sur les marchés de gros, passant de 42 euros il y a un an à plus de 470 euros aujourd’hui. « Aujourd’hui, nous gérons les pénuries : les prix de marché ont abandonné toute rationalité économique »confirmer Reporterre Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting. Bien sûr, ces fournisseurs peuvent essayer d’acheter un peu plus d’électricité nucléaire à bas prix à FEDvia l’appareil appelé Arenh [1]. C’est aussi en partie pour les soutenir que l’Etat avait décidé en urgence en février dernier de relever le plafond annuel de l’Arenh à 120 térawattheures (TWh) au lieu de 100 TWh. Mais selon les alternatives, cela reste insuffisant pour desserrer l’étau. Dans ces conditions, certains préfèrent inciter leurs clients à partir plutôt que de répercuter cette hausse sur leurs factures – Iberdrola évoque ainsi « des prix qui vont doubler ou tripler ».

Le fournisseur espagnol a invité ses clients déboutés à se tourner vers un autre opérateur qui, commeFEDapplique le prix de vente réglementé (VTR). Ce tarif, fixé une fois par an par la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), est censé garantir aux consommateurs un coût de l’électricité plus stable que les prix du marché. En 2022, son augmentation a ainsi été limitée à 4 % sous le bouclier tarifaire mis en place par le gouvernement.

Y aura-t-il assez d’électricité cet hiver ?

Reste à savoir quel fournisseur voudra récupérer ces électrons naufragés dans un contexte aussi difficile. Le ministère de la Transition écologique a indiqué lors d’un point presse jeudi 25 août queFED a pu accueillir toute personne souhaitant contracter avec elle. Une fausse bonne nouvelle pour l’électricien français, alors même qu’une grande partie de son parc nucléaire est à l’arrêt en raison d’un problème de corrosion et qu’il connaît d’immenses difficultés financières… alimentées en partie par la hausse de 20 % du plafond d’Arenh mentionné ci-dessus.

Pour faire face à la crise, la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher a convoqué jeudi 25 août les représentants des énergéticiens et des fédérations professionnelles, ainsi qu’Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), pour une réunion consacrée à la fourniture d’électricité. Pourtant, le ministère s’est montré rassurant lors du point presse organisé à l’issue de la table ronde. « Il n’y a pas de faillites imminentes de fournisseurs alternatifs »a-t-il assuré, tout en admettant que « la santé financière des petits fournisseurs » a suscité l’inquiétude au sommet de l’Etat et que la France est désormais l’un des pays européens où l’électricité est la plus chère.

Pour Nicolas Goldberg, la situation actuelle montre en tout cas que le système Arenh « ne fonctionne plus » : « Ce dispositif, qui se voulait transitoire, était censé protéger les consommateurs et permettre aux fournisseurs alternatifs d’investir. Or, une grande partie de la production d’électricité se fait en France à partir du nucléaire et de l’hydraulique, où il n’est pas possible pour les fournisseurs alternatifs d’investir. Ne reste pour eux que le fossile, que l’on veut éviter, alors que le renouvelable patine faute de volonté politique. » A long terme, une piste fructueuse pourrait être « mettre en place des contrats à long terme entre FED et fournisseurs : avec des contrats de dix, vingt ou trente ans, cela donnerait de la visibilité aux FEDaux fabricants, mais aussi aux consommateurs. » Mais à court terme, « on peut se demander si on aura assez d’électricité pour tout le monde cet hiver ».

📨 Abonnez-vous gratuitement aux newsletters

Inscrivez-vous en moins d’une minute pour recevoir une sélection d’articles publiés par Reporterre.

S’abonner

Leave a Reply

Your email address will not be published.