Dans les Pyrénées, un bras de fer entre justice et éleveurs autour de “l’effarouchement” des ours bruns

Au total, neuf arrêtés préfectoraux ont été suspendus par la justice administrative, dont deux par le tribunal de Toulouse le 31 août. Ces arrêtés ont autorisé une intervention pour éloigner les ours bruns des troupeaux, dans deux secteurs de l’Ariège, une demande formulée par les éleveurs depuis le début de l’été. Ce qui alimente les tensions, c’est la méthode de distanciation choisie : l’effarouchement. Une méthode institutionnalisée par l’Etat en 2019, mais dénoncée par des associations de défense de l’ours brun, dont l’association Pays de l’Ours-Adet, dont Alain Reynes est directeur, qui dénonce le fait “d’intervenir directement sur les animaux”.

“Le pire, c’est évidemment les balles en caoutchouc, car potentiellement, ça peut blesser un animal. Il y a aussi un risque de séparation d’une femelle avec les petits de première année par exemple.”

Alain Reynes, association du Pays de l’Ours-Adet

chez franceinfo

L’an dernier, les ours ont tué 570 animaux, et cet été les éleveurs les accusent d’avoir causé la mort de 45 moutons, tombés d’une falaise. “Nous devons recréer la peur chez cet ours, et nous la recréons en faisant peurexplique Philippe Lacube, président de la chambre d’agriculture de l’Ariège. Ce n’est pas une mesure miraculeuse, mais quand même une frayeur légère, une frayeur avec des pétards… Vous pensez qu’une balle non létale, un peu de plomb dans le cul d’un ours, c’est bien ? si mal ?”

L’effarouchement est interdit en France, sauf dérogation. C’est ce que les éleveurs ont demandé au préfet de l’Ariège, et ce qu’ils ont obtenu. Mais la situation a créé un bras de fer assez étonnant entre le préfet qui prend à tour de bras les arrêtés d’effarouchement et le tribunal administratif qui les suspend les uns après les autres.

Ces neuf interpellés ont été agressés par l’association One Voice, dont Muriel Arnal est la présidente. “Les arguments sont imparables, la justice est passée, et malgré cela, le préfet n’a pas respecté cette décision de justice, pour faire plaisir aux éleveurs qui sont au vent mais qui aujourd’hui font de l’élevage industrielelle explique. On n’est plus sur le pastoralisme d’antan qui respectait la nature et qui respectait les animaux.”

De son côté, la justice considère que les conditions pour justifier l’effarouchement ne sont pas réunies. 70 ours bruns ont été recensés dans les Pyrénées : ils sont considérés comme des animaux en danger critique d’extinction.

La difficile cohabitation entre ours et éleveurs dans les Pyrénées : reportage d’Etienne Monin

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