L’année zéro des écoles à la sauce Macron

Septembre 2021. Emmanuel Macron arrive à Marseille avec un plan dans son sac qu’il veut relever les défis de la deuxième ville de France. Au cours d’une allocution de près d’une heure, le président de la République énumère de nombreux thèmes d’un plan qu’il se veut global : sécurité, culture, logement, transports, éducation… chaque secteur d’activité, ou presque, a le droit de son volet. Entre les lignes, on le comprend, Emmanuel Macron a décidé de faire de Marseille son laboratoire en matière de politique publique.

A commencer par l’éducation, où le président a surpris le monde enseignant en annonçant la création à Marseille de 50 “écoles laboratoires” avec l’expérimentation du recrutement libre des enseignants par les directeurs d’écoles et une plus grande autonomie sur le projet éducatif. Un an plus tard, en plus d’un vaste programme de rénovation élaboré avec la municipalité, ce sont 59 “écoles innovantes”, comme on les a nommées, pour lesquelles cette rentrée 2022 marque l’année zéro.

Onze mille étudiants concernés à Marseille

Situés pour moitié dans les quartiers nord et 81% dans les zones d’éducation prioritaire, ils concernent 11.000 élèves et 630 enseignants, dont 38 nouvellement recrutés selon des “conditions des postes à exigences particulières”, a précisé Bernard Beigner, le recteur de l’académie d’Aix. -Marseille. Un processus de recrutement déjà existant où les fiches de poste sont publiées par école et dans lequel les directeurs sont associés à des entretiens afin d’obtenir des profils d’enseignants qui collent au projet pédagogique spécifique élaboré autour d’axes forts tels que les mathématiques et les sciences, les langues vivantes, l’éducation physique ou les arts et des cultures, ou encore une réflexion sur les espaces.

C’est autour de ce dernier thème que Patrick Lefrançois, directeur de l’école du Rouet, et les onze professeurs ont décidé de travailler. Et des dispositifs ont été testés depuis la rentrée dernière pour un tiers des 240 élèves de l’établissement. « Nous avons aménagé l’espace pour permettre aux enfants de se déplacer en classe et de choisir le lieu où ils se rendent au travail. Nous avons également créé des espaces de travail collaboratifs. C’est compliqué pour des enfants de tenir six heures sur une chaise », explique Patrick Lefrançois. Pour permettre tout cela, du mobilier adapté au projet a été livré et, selon le directeur de l’école, le constat fait au cours de l’année dernière est plus que probant.

« Enfin ! On donne plus d’autonomie et de latitude aux enseignants.

“Les élèves sont plus concentrés, l’ambiance en classe est meilleure, les élèves viennent à l’école avec plus de plaisir, ce qui est quand même la base”, énumère-t-il. «Je pense que nous avons beaucoup de bonnes réponses. Nous savions tous qu’il fallait travailler différemment. Les enfants ont beaucoup changé, la vie a beaucoup changé, on ne peut plus enseigner comme quand on était écoliers. On a aussi fait le choix de mélanger les niveaux dans les classes afin de permettre à chacun d’apprendre à son rythme », poursuit cet enseignant qui a désormais dix ans d’ancienneté comme directeur d’école. « Enfin ! On donne plus d’autonomie et de latitude aux enseignants », dit-il. « C’était devenu une nécessité absolue », estime Patrick Lefrançois qui place, « comme les familles, les enfants et les enseignants, beaucoup d’espoir » dans ces dispositifs innovants. écoles.

Une autonomie pédagogique qui pourrait aller au-delà d’un simple axe fort dans l’enseignement, avec l’élaboration d’un calendrier adapté : « Dans l’expérimentation, deux écoles nous ont proposé une évolution de leur calendrier scolaire car il est un fait que, dans certaines écoles, les enfants qui ont de la famille éloignée partent le 15 juin et reviennent plus tard en septembre. Je parle avec prudence, mais pourquoi pas », a déclaré Bernard Beigner.

Un fonds de 500 millions pour accélérer

Se pose alors la question de l’évaluation de cette expérimentation déjà appelée à se généraliser et pour laquelle Emmanuel Macron a annoncé le 25 août, dans son discours de la Sorbonne devant les recteurs de l’académie, un fonds de dotation de 500 millions d’euros. euros dédiés à des projets pédagogiques. « Il n’y a pas de cahier des charges, d’audits ou d’inspections. Nous allons prendre le temps que ces projets se développent et laisser une certaine auto-évaluation », a expliqué le recteur.

Après un début de mise en œuvre qui semblait chaotique, rencontrant l’opposition de Benoît Payan, le maire (PS) de Marseille, et des syndicats d’enseignants assurant que les directeurs d’école ne se bousculaient pas au portail, les “laboratoires des écoles” sont désormais bien en place , conformément aux vœux du Président. Avec, déjà, d’autres écoles qui souhaitent intégrer le programme, a assuré Vincent Stanek, le directeur académique des services de l’éducation nationale des Bouches-du-Rhône.

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