Le vignoble bordelais contraint à l’arrachage

Frédéric Arino observe avec fatalité ses 19 hectares de vignes plantées sur deux communes voisines, Pujols et Doulezon (Gironde), situées à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Bordeaux. Produisant en appellation Entre-Deux-Mers, il vend ses raisins à une coopérative. A 64 ans, fier du travail accompli, il aspire à la retraite, mais pour toucher les 600 euros mensuels de la sécurité sociale agricole, il doit trouver un repreneur. Elle est obligatoire pour tout propriétaire de plus de 3,4 hectares. Mais ça n’arrive pas. Il a bien reçu des acheteurs potentiels. « Mais ils ne pouvaient pas m’offrir le prix que je demandais. »

Pourtant, Frédéric Arino n’espère même pas rentrer dans son argent. Les vignes, qu’il a commencé à acheter en 1998, lui ont coûté l’équivalent de 27 000 à 30 000 euros l’hectare. Aujourd’hui, le vigneron ne peut guère espérer plus de 12 000 euros. Et les parcelles les moins demandées de toute la région atteignent péniblement 6 000 euros l’hectare.

“La croix et la bannière”

A Bordeaux, sa situation est loin d’être isolée. Le recensement agricole réalisé en 2020 par la Chambre d’agriculture montre que de plus en plus de propriétaires ne trouvent pas d’acquéreurs. Et ce sera pire dans les années à venir. Plus de la moitié des vignerons bordelais ont plus de 55 ans et un grand tiers plus de 60 ans, révèle Geoffrey Desmartin, ancien conseiller à la chambre d’agriculture de Gironde. Et puis le vignoble est touché par une surproduction qui fait paniquer beaucoup : sur les 9 millions d’hectolitres produits chaque année, 1 million ne trouvent plus de clients…

Le phénomène ne touche pas tout le monde. Quelque 300 propriétés et châteaux de grande ou très grande notoriété se portent bien, voire mieux, car situés sur des terroirs et appellations prestigieux. « Mais ces bouteilles chères représentent moins de 3% de ce que Bordeaux produit », note Allan Sichel, président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB). A l’ombre de ces châteaux renommés, on compte environ 5 000 vignerons bordelais, dont beaucoup apportent leurs raisins à une coopérative, ou produisent des bouteilles de Bordeaux ou de Bordeaux Supérieur vendues environ 4 euros dans les hypermarchés et supermarchés. Ceux que l’on trouve souvent dans l’Entre-Deux-Mers, les Côtes-de-Bordeaux ou les graves douces peinent à se vendre.

La surproduction fait paniquer beaucoup : sur les 9 millions d’hectolitres produits chaque année, 1 million ne trouvent plus de clients

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