L’émission de France 2 où les enquêteurs ont des troubles du spectre autistique

« Pourquoi es-tu vieux ? », « Tu penses beaucoup à ton père ? », « Tu aimes le cassoulet ? », « Quel est ton rapport au dessin animé ? C’est le genre de questions, parfois surprenantes, que Gilles Lellouche répondra samedi en Rencontres Papotin. L’acteur et réalisateur inaugure cette émission de France 2 qui verra, chaque semaine, à 20h35, une personnalité être interviewée pendant une demi-heure par une cinquantaine de journalistes atteints de troubles du spectre autistique.

Au début, il y a le journal Le Papotin, lancée en 1989 à l’hôpital de jour d’Antony (Hauts-de-Seine) par un éducateur, Driss El Kesri. Les médias ont mis en place un rendez-vous incontournable pour toute l’équipe : la conférence de rédaction du mercredi matin. Des jeunes d’une dizaine d’établissements d’Ile-de-France se retrouvent chaque semaine dans le 14e arrondissement de Paris.

“Toutes les questions sont bonnes à poser”

« La parole est libre. On débat, on partage autour des textes qu’ils écrivent, certains chantent ou imitent des chroniqueurs de télévision, explique Julien Bancilhon, qui enlève sa casquette de psychologue pour enfiler celle de rédacteur en chef lorsqu’il est à Papotin. Parfois, nous avons un invité et la conférence devient une séance d’entrevue. »

C’est dans ce contexte que les réalisateurs Olivier Nakache et Eric Toledano se sont familiarisés avec ce médium, alors qu’ils venaient d’achever la promotion deIntouchables il y a dix ans. “L’originalité de leurs questions et la fraîcheur de leurs regards nous ont bouleversés”, explique le duo dans le dossier de presse. Ce sont eux qui ont apporté le concept de l’émission à France 2. “Il y avait déjà eu des tentatives similaires par le passé, mais elles ne s’étaient jamais concrétisées car ces journalistes sont difficiles à formater avec les exigences télévisuelles”, glisse Julien Bancilhon.

« Toutes les questions sont bonnes à poser », ajoute-t-il. Ce qui nous importe avant tout, c’est que ce ne soit pas mécanique, mais plutôt que les journalistes saisissent les affinités entre leurs préoccupations et la biographie de l’invité ou son univers. Cela crée des questions beaucoup plus spontanées, qui ont une force et une fraîcheur plus intéressantes. »

Loin des caricatures

Le résultat est en effet loin de l’interview promo balisée, ponctuée de questions prévisibles. L’invité est parfois déconcerté, amusé, ému et ses réponses impossibles à bourrer d’éléments de langage. Il se confie différemment. « Je me souviens d’un entretien il y a quelques années avec Vincent Cassel qui est généralement assez froid dans les interviews. Avec l’équipe de Papotin, c’était d’une légèreté et d’une spontanéité tout à fait inhabituelles pour lui, se souvient le rédacteur en chef. Face à ces journalistes atypiques, on sent qu’il n’y a pas de recherche de scoop. La sincérité de la question appelle une réponse en miroir au niveau de l’authenticité. »

Si la personnalité invitée peut ainsi gagner à se révéler sous un jour nouveau, cela vaut également pour ses interlocuteurs. « C’est l’occasion de montrer ces jeunes dans une position inhabituelle, où on ne les attend pas. Très souvent, ils sont caricaturés, notamment dans des séries ou des films, déplore Julien Bancilhon. Là, on les voit tels qu’ils sont, dans leur diversité et dans leur exercice du journalisme qu’ils accomplissent de manière originale. Et puis ils sont pris au sérieux. Ils comprennent que leurs préoccupations peuvent toucher tout le monde et attirer les lecteurs et les téléspectateurs. »

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