Après une longue guerre d’indépendance, le pays entre à nouveau en conflit au Tigré

L’Érythrée s’est engagée Aux côtés de l’Éthiopie en guerre contre les rebelles du Tigré. Pour comprendre cette hostilité envers les élites tigréennes, revenons sur l’histoire de ce pays indépendant depuis 1993 et ​​fermé à la presse étrangère depuis.

Avant la colonisation italienne, l’Érythrée n’était qu’une province du grand Empire éthiopien. Le canal de Suez, ouvert en 1869, ouvrira une nouvelle route maritime qui ne pourra être empruntée que par les bateaux à vapeur qui auraient besoin de s’arrêter pour charger du charbon. Les Anglais vont s’installer à Aden au Yémen, les Français à Djibouti, les Italiens en Somalie puis sur les côtes de l’actuelle Erythrée.

L’Italie se lança alors dans un vaste projet colonial, qui fut stoppé en 1896 par une grande bataille victorieuse dans la région du Tigré par les forces de l’empereur éthiopien Ménélik II. Lorsque Mussolini est arrivé au pouvoir en Italie en 1922, voulant se débarrasser de l’humiliation d’hier, il a favorisé l’arrivée de milliers de soldats et de paysans pauvres en Érythrée depuis le sud de l’Italie pour coloniser à nouveau le pays.

Comme la région côtière était très inhospitalière et improductive, les Italiens se sont déplacés vers les hautes terres, où il y avait de bonnes terres agricoles et de l’eau. Ils ont construit la ville d’Asmara, la capitale actuelle qui a conservé cette architecture classique italienne ou mussolinienne. Une guerre-éclair meurtrière va effrayer l’empereur Hailé Sélassié et créer le Duce en mai 1936, l’Afrique Orientale Italienne (AOI).

En 1941, le mouvement indépendantiste italien est expulsé. L’empereur éthiopien regagna son trône puis annexa l’Érythrée. Mais l’idée d’une Érythrée indépendante fait son chemin. De jeunes intellectuels créent le Front de libération de l’Érythrée pour combattre l’armée éthiopienne de Haile Selassie puis la junte militaire qui lui succède en 1974. En Éthiopie, la dictature du colonel Mengistu tombe en 1991, ouvrant la voie à l’indépendance de l’Érythrée quelques années plus tard.

La guerre d’indépendance de vingt-cinq ans a été une guerre de tout un peuple – environ 6 millions de personnes – contre la puissante armée éthiopienne. L’Érythrée a officiellement obtenu son indépendance le 24 mai 1993 et ​​a repris le contrôle des ports de Massawa et d’Assab, faisant perdre à l’Éthiopie son littoral unique sur la mer Rouge. Ainsi, le pays voisin est dirigé par la minorité tigréenne dont est issu le Premier ministre. Meles Zenawi, qui restera au pouvoir jusqu’à sa mort en 2012.

En mai 1998, l’Éthiopie et l’Érythrée entrent à nouveau en guerre sur quelques centaines de kilomètres carrés de désert situés le long de leur frontière commune. Addis-Abeba accuse Asmara de violer son territoire, et les forces éthiopiennes lancent une offensive massive, brisant les lignes érythréennes. C’est là que remontent les relations hostiles entre les Tigréens et les Erythréens.

L’accord de paix, signé en décembre 2000 à Alger, a mis fin au conflit qui avait fait 80 000 morts. Une zone de sécurité temporaire – une zone tampon de 25 km de large le long de la frontière – a été établie, surveillée par les casques bleus des Nations Unies. Mais le ressentiment continuera.

L’Erythrée, sous la baguette de son “leader” Isaias Afroki, et l’Ethiopie, emmenée par Meles Zenawi, multiplient les propos hostiles et s’accusent mutuellement de commettre des attentats et de soutenir les rebelles dans chaque pays. Les affrontements périodiques font craindre une reprise du conflit à grande échelle, mais l’arrivée d’un nouveau Premier ministre à Addis-Abeba va changer la donne.

Début juin 2018, le nouveau Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed – Amhara par sa mère et Oromo par son père – Déclare sa volonté de mettre fin au différend frontalier. Après des décennies de guerre, la paix entre l’Érythrée et l’Éthiopie a finalement été signée le 9 juillet 2018. “Une nouvelle ligne aérienne relie immédiatement les capitales Asmara et Addis-Abeba. De son côté, l’Éthiopie peut trouver un nouveau débouché vers la mer Rouge et peut s’affranchir de ports lointains comme Djibouti et Berbera (Somaliland). Cette ouverture est la bienvenue. joie dans les deux pays, réunion de famille, Explique à franceinfo Afrique un spécialiste de la région qui a souhaité rester anonyme.

Au cours des derniers mois, l’Erythrée a engagé ses soldats aux côtés de l’armée éthiopienne contre le Tigray People’s Liberation Front, l’ennemi historique du président érythréen. Le rapprochement entre les deux pays s’explique en grande partie par la volonté de renverser au pouvoir l’élite tigréenne en Éthiopie, très présente dans l’armée. Les Tigréens qui ont une langue commune avec les Erythréens mais qui ont longtemps monopolisé le pouvoir, semblent avoir provoqué la colère des autres groupes ethniques de la région. “je suisLes chrétiens et l’orthodoxie primitive ont formé le Tigré, un point d’ancrage associé à la tradition, à la fierté, à l’exclusivité, à un sentiment de distinction, voire de supériorité.Et le Nos analyses expertes.

Autre explication à cette paix signée entre l’Éthiopie et l’Érythrée : “Le régime du président Isaias Averrke semblait respirer. Il avait besoin de paix avec son puissant voisin éthiopien pour sortir de son isolement.” mais, “Peut-être à cause de cette obsession extrême pour son grand voisin de 110 millions d’habitants, le gouvernement érythréen est devenu paranoïaque mais reste pragmatique afin de rester au pouvoir coûte que coûte. Par ailleurs, les Erythréens sont surtout attachés à leur indépendance, qu’ils ont chèrement méritée”. .” .

Des années de conflit ont laissé un cadeau toxique à la jeunesse érythréenne. Aujourd’hui encore, le service militaire obligatoire dure plusieurs années dans le pays, et parfois une décennie. Le devoir militaire explique en grande partie l’exode des jeunes du pays.

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