En Ukraine, les paparazzis sont dans la guerre des images

Il est essentiel que le cœur soit fortement associé aux images rapportées par Mstislav Chernov et Evgeny Malolitka de l’Associated Press de Marioupol. Ils ont été les derniers journalistes internationaux à y travailler, en mars, avant de fuir la ville assiégée, privée d’eau et d’électricité, et rapidement réduite à un vertigineux amas de décombres – aujourd’hui occupé par les Russes.

Dans une vidéo effrayante, tirée d’un documentaire à venir, Vingt jours à Marioupol, Présenté au festival Visa pour l’image à Perpignan le samedi 3 septembre, on suit le duo dans la maternité qui vient d’être dynamitée. Parmi les cris, la panique et les décombres, une femme enceinte sur un brancard, hagarde, est évacuée, et sa prise est éventrée d’une large blessure. Ni elle ni son enfant ne survivront. Les reportages des journalistes ukrainiens à Marioupol, qui montraient l’enfer de civils bombardés et piégés dans la ville, vivant sous terre comme des rats, creusant à la hâte des fosses pour enterrer les morts, ont servi d’indication des faits de cette guerre – Evgeny Malolitka a reçu un visa d’or News à Perpignan pour ses photos influentes.

Deux jours plus tôt, Ségolène Royal avait osé remettre en cause, sur BFM-TV, la vérité sur le bombardement de la maternité qui a choqué le monde entier. Au festival, les déclarations de l’ex-ministre ont suscité l’indignation, mais les deux parties impliquées, dubitatives, sont restées inébranlables. Dès qu’ils ont posté leurs photos en mars, l’ambassade de Russie à Londres a tweeté l’appel photo ” forgé “ Assurez-vous qu’une des femmes enceintes est représentée. “Il y a une vraie bataille aujourd’hui sur l’interprétation des images, J’assure Mstislav Chernov. Mais ce n’est pas notre devoir de mener une guerre de l’information. Nous ne sommes pas des militaires, nous sommes des journalistes. Notre boulot est d’aller voir tout de suite ce qui se passe, de le vérifier et de le publier. C’est ce que nous continuerons de faire. »

Mythes et fausse propagande

Le festival Visa pour l’image a mis l’Ukraine au centre de cette édition, avec quatre expositions. Mais il a également souligné que les journalistes qui couvrent cette guerre voient leur travail systématiquement contesté, exilé et vilipendé en ligne par des groupes de pression hautement organisés émanant du côté russe. “L’Ukraine a pris une tournure assez unique, qui peut laisser présager de futures guerres, résume Grégoire Lemarchand, rédacteur en chef de Digital Investigation à l’Agence France-Presse (AFP). Il y a une guerre sur le terrain et une autre sur les réseaux sociaux qui dérangent le public et les médias. » A Perpignan, l’AFP a également organisé un débat sur le sujet, pour expliquer sa stratégie face aux accusations de mensonge et de complot en ligne, qui trouve écho auprès d’un certain public occidental, devenu méfiant envers les médias. A l’AFP, une équipe de cent trente journalistes spécialisés en mode virtuel s’est ajoutée aux trente-cinq reporters travaillant sur le terrain en Ukraine.

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