L’OPEP+ réduit sa production de pétrole face aux craintes de récession – 05/09/2022 à 21:40

Les pays de l’OPEP+ se réunissent à Vienne pour discuter de leur stratégie de production pétrolière (AFP/JOE KLAMAR)

Les pays de l’Opep+ ont décidé lundi de réduire leur production pour soutenir les prix face aux craintes de récession, une première depuis plus d’un an et aux coupes drastiques opérées en raison de la pandémie de Covid-19.

Les représentants des treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), menés par l’Arabie saoudite, et leurs dix alliés menés par la Russie, se sont mis d’accord pour “revenir aux quotas d’août”, soit une baisse de 100 000 barils par rapport à septembre, a déclaré l’alliance basée à Vienne dans un communiqué.

Le groupe, qui s’est réuni en visioconférence, laisse la porte ouverte à de nouvelles discussions avant la prochaine réunion du 5 octobre, “pour répondre si nécessaire aux évolutions du marché”.

Au fil de ses réunions mensuelles, l’Opep+ résiste aux appels des Occidentaux à ouvrir plus largement ses vannes.

S’élevant à mots voilés contre la réduction annoncée, les Etats-Unis ont réagi en réclamant lundi un équilibre entre l’offre et la demande d’énergie.

Le président américain Joe Biden “a été clair sur le fait que l’approvisionnement énergétique doit correspondre à la demande pour soutenir la croissance économique et faire baisser les prix pour les consommateurs en Amérique et dans le monde”, selon un communiqué de la Chambre. Blanc.

“Cette baisse symbolique n’est pas une vraie surprise après les murmures de ces dernières semaines”, a réagi dans une note Caroline Bain, analyste chez Capital Economics.

Le ministre saoudien de l’Energie, Abdelaziz ben Salman, avait semblé ouvrir la porte, il y a dix jours, à l’hypothèse d’une coupe, dénonçant un marché “tombé dans un cercle vicieux de faible liquidité et de volatilité extrême”.

Frappés par des perspectives économiques mondiales sombres, les prix des deux références mondiales du brut ont glissé ces dernières semaines loin de leurs sommets de mars, près de 140 $ le baril.

Vers 19H20 GMT, le prix du baril de Brent de la mer du Nord reculait de 0,53%, à 95,23 dollars, et le WTI, référence du marché nord-américain, gagnait 2,3%, à 88,87 dollars.

– “Banque Centrale du Pétrole” –

“Cette décision montre que nous sommes prêts à utiliser tous les outils à notre disposition”, a commenté le ministre saoudien, dans un entretien à l’agence financière Bloomberg. “Nous serons attentifs et dynamiques pour soutenir la stabilité et l’efficacité du marché.”

L’alliance “signifie qu’elle agira pour soutenir les prix s’ils venaient à s’effondrer”, par exemple en cas de retour du pétrole iranien, explique Matthew Holland, analyste géopolitique pour l’institut de recherche Energy Aspects.

Pour le président américain Joe Biden, qui s’est rendu pour la première fois en Arabie saoudite en tant que président des États-Unis à la mi-juillet pour tenter d’influencer la stratégie de Riyad, c’est “un coup dur”, estime Craig Erlam, analyste à la plateforme de trading OANDA.

Pour lui, le “dommage politique” causé par cette visite controversée est “un pur gâchis” avec un résultat “pire” qu’avant cette initiative.

“L’Arabie saoudite et l’OPEP+ sont la +Central Oil Bank+”, ironise Bjarne Schieldrop, analyste à la banque suédoise SEB. “Et mieux vaut ne jamais essayer de les combattre.”

Moscou, pilier du groupe avec Riyad, a pour sa part évoqué “de nombreuses incertitudes” liées notamment à “la déclaration des dirigeants du G7 concernant le plafonnement du prix du pétrole russe”, selon les propos du vice-Premier ministre en charge des questions énergétiques. , Alexandre Novak.

– Question de “crédibilité” –

Un autre élément pris en compte est l’incapacité régulière de l’Opep+ à remplir ses quotas.

“La production actuelle et les quotas sont désormais déconnectés, c’est donc une question de crédibilité”, souligne Schieldrop. Elle est estimée à près de 3 millions de barils par jour en dessous des objectifs annoncés.

Au printemps 2020, le cartel avait procédé à des coupes sombres face à l’effondrement de la demande provoqué par la pandémie. Un an plus tard, il a commencé à rouvrir les vannes, mais avec beaucoup de difficulté.

Crises politiques prolongées, ou manque d’investissement et de maintenance pendant la pandémie handicapant désormais les infrastructures pétrolières : de nombreux pays du groupe comme l’Angola ou le Nigeria ne peuvent plus pomper.

Seuls l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis semblent disposer de capacités de production inutilisées.

Mais l’analyste note que Riyad débite actuellement près de 11 millions de barils de pétrole par jour, un niveau qu’elle n’avait atteint que deux fois dans son histoire, et seulement temporairement.

“Le niveau actuel est bien au-dessus de son niveau de confort”, souligne Schieldrop.

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