“Nous sommes les invisibles, mais sans nous il n’y a pas d’école maternelle”

“Barbecue exigeant” à Allonnes (Sarthe), des rassemblements plus classiques devant de nombreuses mairies du pays… Quelque 50.000 agents territoriaux spécialisés dans les écoles maternelles (Atsem) ont été appelés à la grève, lundi 5 septembre, par la CGT-fonction publique et l’UNSA-territoire syndicats. Profession composée à 99% de femmes selon la CGT, l’Atsem demande à percevoir la prime de 183 euros par mois que le Ségur de la santé a accordée aux puéricultrices, aides-soignantes et aides à domicile. Fonctionnaires territoriaux de catégorie C, ils demandent également à intégrer la catégorie B de la fonction publique et souhaitent que la pénibilité de leurs fonctions soit pleinement reconnue.

Cette liste de griefs est à la hauteur du manque de reconnaissance dont souffre la profession depuis des années, appuie Delphine Depay, référente fédérale de la CGT pour l’Atsem. A ses yeux, « les salaires sont extrêmement bas, sans commune mesure avec les missions et les qualifications ». Conditionné à l’obtention d’un CAP « petite enfance » et à la réussite au concours, une carrière à l’Atsem débute au Smic et se termine aux alentours de 1 700 euros net, pour une quarantaine d’heures de travail par semaine. .

“Macron a dit que nous étions indispensables”

« Nous sommes les grands oubliés du Ségur, mais Macron a dit que nous étions indispensables”, regrette Sylvia Sowa-Vérot, 40 ans, qui exerce le métier depuis 2003 à Saint-Etienne (Loire). Nous sommes invisibles, mais sans Atsem, il n’y a pas de jardin d’enfants. » Dans la journée de l’agent spécialisé, il y a tout d’abord la préparation matérielle de la classe, l’accueil des parents et des enfants, puis l’organisation d’ateliers pédagogiques. Vient ensuite l’accompagnement à la cantine, l’organisation de la sieste et du réveil, le départ des enfants et enfin le nettoyage de la classe. Il faut aussi accompagner les plus petits aux toilettes et leur apprendre la propreté.

“Beaucoup, la quarantaine, sont d’office à la retraite pour invalidité, avec des bas salaires”, Delphine Depay, référente CGT

Il y a aussi, chaque mois de juillet, la tâche redoutée de maçonner l’école de fond en comble, consistant à vider les salles de classe de tout leur mobilier, à cirer les parquets, à laver les jeux un à un. “Ce mois est épuisant, confie Mélodie (elle ne souhaite pas donner son nom de famille), 43 ans, Atsem dans l’Aisne depuis 2009. Il faut une bonne semaine pour récupérer. »

Parmi les sources de pénibilité physique, les Atsem évoquent le portage des enfants et les postures près du sol qui provoquent des maux de dos, des bruits constants, ou encore des activités manuelles qui provoquent des troubles musculo-squelettiques. “Beaucoup, la quarantaine, sont d’office à la retraite pour invalidité, avec des bas salaires”, assure Mmoi Depay, pour qui la reconnaissance de la pénibilité devrait ouvrir le droit à “retraite anticipée sans décote”.

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Un rôle éducatif en retard

Le besoin de reconnaissance est d’autant plus aigu que les missions de l’Atsem se sont étendues depuis l’ère lointaine des « dames en service ». Dès 2014, les municipalités leur ont confié la gestion des « nouvelles activités périscolaires », pour éviter d’engager des animateurs. Puis en 2018, un décret les fait “appartenir” à la communauté éducative, à laquelle ils n’avaient jusque-là que “participé”.

Aux yeux de Gaëlle Lenôtre, 52 ans, Atsem depuis vingt ans à Six-Fours-les-Plages (Var), c’est justement ce rôle pédagogique qui ne peut être mis en œuvre, compte tenu de l’organisation actuelle : “A partir du moment où l’enseignant et son Atsem n’ont pas le même employeur [éducation nationale pour l’un, commune pour l’autre], il n’y a pas de temps pour travailler ensemble. » Elle cite des réunions pédagogiques organisées pendant la pause déjeuner, quand les Atsem s’affairent à la cantine.

« Nous aimerions être intégrés dans la communauté éducative, comme le prévoit notre statut, mais en réalité nous ne pouvons pas », Gaëlle Lenôtre, 52 ans, Atsem

“Nous aimerions être intégrés à la communauté éducative, comme le prévoit notre statut, mais en réalité nous ne pouvons pas”, déplore-t-elle. En revanche, “Pendant le Covid, nous avons été réquisitionnés pour aller faire la désinfection dans les maisons de retraite…”

Delphine Depay assure que la CGT a demandé à deux reprises au ministère de la Transformation et de l’Action publique, fin juin et début août, l’ouverture de négociations, sans réponse à ce jour. Dans le cabinet du ministre, Stanislas Guerini, on dit suivre ” avec attention “ mobilisation, tout en renvoyant les discussions au cadre plus général de la “Projet carrière et rémunération, qui sera lancé prochainement pour l’ensemble des métiers de la fonction publique”.

“Nerveusement, on est au bout”, alerte en attendant Mélodie, dans l’Aisne. En raison de la lourdeur du travail, « beaucoup de collègues songent à se reconvertir ; Je ne suis pas encore assez dégoûté.

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