Pourquoi le bouclier des prix coûte moins cher qu’il n’y paraît

24 milliards auront été consacrés cette année par l’Etat à la limitation des prix du gaz, de l’électricité et des carburants. Mais sans ce soutien massif, la France n’aurait pas l’inflation la plus faible de l’UE. Or, chaque point d’inflation supplémentaire génère au moins 4,6 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires.

Gabriel Attal, le ministre des Comptes publics, l’a clairement annoncé ce week-end : le bouclier tarifaire sera partiellement maintenu l’an prochain. L’État continuera donc à dépenser des milliards pour limiter la flambée des prix de l’énergie.

Pour mémoire, cette année, selon les dernières estimations de Bercy, le coût total devrait atteindre 24 milliards d’euros (10,5 milliards pour l’électricité, 6 pour le gaz et 7,5 pour la ristourne carburant).

Cet effort financier de 354 euros par habitant est indéniablement colossal, mais s’il n’avait pas été consenti, la France ne serait probablement pas le pays de l’Union européenne avec l’inflation la plus faible. En rythme annuel, par exemple, il dépasse 20 % dans les pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie). Mais elle est aussi beaucoup plus forte chez nos plus proches voisins comme l’Allemagne, l’Espagne ou la Belgique.

En France, l’inflation entraîne des hausses automatiques des dépenses publiques

Cet effort financier de l’État pour réduire la facture énergétique des ménages a un autre « avantage » : il réduit l’impact de l’inflation sur les budgets de l’État et de la Sécurité sociale. Car l’une des particularités de la France est que la hausse des prix à la consommation génère des augmentations mécaniques des dépenses publiques : retraites de base, aides sociales (RSA, invalidité, allocations familiales, etc.) et même salaire minimum pour les fonctionnaires.

A cela s’ajoutent ce que l’on peut appeler des revalorisations concertées : point d’indice de la fonction publique non indexé sur l’inflation mais faisant partie des négociations avec les syndicats, retraites complémentaires et allocations chômage dont la revalorisation est décidée par les partenaires sociaux (syndicats et patronat).

4,6 milliards d’euros de dépenses publiques en plus par point d’inflation

Bercy a évalué le coût de ces mises à niveau. Pour chaque point d’inflation supplémentaire, les dépenses publiques augmentent au minimum de 4,6 milliards et au maximum (si les retraites complémentaires, les allocations chômage, les salaires des fonctionnaires sont intégralement revalorisés) de 7,9 milliards d’euros. Bercy souligne que ces deux chiffres tiennent compte de l’augmentation du poids de la dette indexée.

Pour être concret, on peut comparer la situation en France à celle en Belgique. Chez nos voisins, l’effort de l’Etat pour réduire la facture énergétique a été beaucoup plus modeste : près de 1,1 milliard d’euros, soit moins de 100 euros par habitant. Mais en même temps, la particularité de la Belgique est que les revenus (salaires, pensions, allocations sociales) sont automatiquement indexés sur l’inflation. Et donc le pouvoir d’achat des ménages belges est censé être préservé par ce système.

Sauf que l’inflation en Belgique dépasse les 10 %. Il est quatre points au-dessus du nôtre. Et quatre points de plus signifieraient pour la France entre 18,4 et 31,6 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires. Il est donc nettement plus rentable financièrement pour l’État d’agir en amont, à la source de l’inflation, en limitant l’impact de la flambée des prix de l’énergie.

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