Il y a vingt ans, le Gard était meurtri par de terribles inondations

Les 8 et 9 septembre 2002, des orages d’une violence inouïe s’abattent sur le Gard, causant la mort de 22 personnes et des dégâts considérables dans 311 des 353 communes.

Certaines des crues les plus terribles que le Gard ait jamais connues. Les 8 et 9 septembre 2002, un phénomène cévenol sans précédent frappe le département, faisant enfler et déborder tous les cours d’eau en quelques heures.

La situation dans le Gard en septembre 2002.
INFOGRAPHIE – SW

Il y a vingt-deux morts dont cinq à Aramon qui paie le plus lourd tribut. La digue de retenue centenaire du Gardon a cédé en plusieurs points, libérant au total 3 millions de m3 de l’eau.

A Aramon, 3 millions de m3 d'eau après la rupture d'une digue de retenue du Gardon et un bilan humain très lourd : 5 morts.

A Aramon, 3 millions de m3 d’eau après la rupture d’une digue de retenue du Gardon et un bilan humain très lourd : 5 morts.
Midi Libre – MICHAEL ESDOURRUBAILH

Les victimes sont pour la plupart des personnes âgées qui n’ont pas eu le temps de sortir de chez elles. A Rousson, au camping La Cigale, un homme et ses deux enfants de 2 et 6 ans sont emportés par l’Avène déchaînée sous les yeux de la mère, accrochée aux branches d’un arbre.

Le bilan humain est terrible. Mais cela aurait pu être plus lourd sans aide officielle (pompiers, sécurité civile, armée). Un pompier a payé de sa vie dans la localité de Galargues, tout près du Gard ; aussi sans l’intervention de quelques citoyens qui n’ont écouté que leur courage.

A Aramon, Damien, un jeune homme alors âgé de 22 ans, a sillonné le village en barque pour secourir une quinzaine de personnes. A Brignon, ce sont Patrice Vernier, mécanicien et sa femme Agnès qui, à l’aide de rideaux et de draps, ont mis en sécurité 45 touristes allemands avant que le bus dans lequel ils étaient prisonniers ne dérive dans les eaux d’un Gardon exceptionnel.

C’est encore Peggy Perret, pompier volontaire qui, toujours à Brignon, à 4 heures du matin, a secouru des automobilistes bloqués sur la RN 106.

Maisons emportées à Collias

311 des 353 communes du département ont été touchées, certaines dans des proportions jamais vues. A Sommières, le débit du Vidourle atteint 2 550 m3 par seconde (contre 1 800 en 1958, année de la dernière grande inondation qui a entraîné la mort de 35 personnes). Il est à près de 2 m au-dessus de son niveau d’alerte. Aimargues est coupé du monde.

A Alès, le Gardon martyrise le groupe scolaire Jean-Baptiste Dumas et les HLM Prés Saint-Jean. A Bagnols, la Cèze dépasse les 10,80 m. A Collias, une dizaine de maisons ont été emportées. Nîmes n’est pas épargnée non plus, dans des proportions moindres cependant qu’en 1988.

A Nîmes, à proximité des quais de La Fontaine.

A Nîmes, à proximité des quais de La Fontaine.
Midi Libre – MICHAEL ESDOURRUBAILH

Sur l’ensemble du département, trois mille maisons sont endommagées, 115 seront détruites. Des dégâts importants également sur les routes dont certaines seront coupées pendant plus d’un mois. Sur celui reliant Nîmes à Uzès, le pont Saint-Nicolas a été submergé et son parapet emporté. Le Pont du Gard millénaire prouve sa solidité et l’ingéniosité des Romains.

Catastrophe dans les vignes et les troupeaux

L’économie locale est à genoux. Aucun secteur n’est épargné. Commerces et commerces ont été dévastés. Les bergers ont perdu un nombre incalculable d’animaux. Catastrophe aussi pour la viticulture avec 30 000 ha de vignes envahies par l’eau et 600 000 hl perdus, à une époque où seulement 20 % de la récolte avaient été ramassés.

Repères

Le phénomène cévenol
Les pluies tombées les 8 et 9 septembre 2002 font partie d’un phénomène que les météorologues appellent le phénomène des Cévennes. A la fin de l’été, la terre se refroidit plus vite que la mer et attire de gros nuages ​​chauds et humides poussés par le vent marin. Ils viennent éclater sur les premiers contreforts beaucoup plus froids des Cévennes. Butant contre cet air froid, la masse d’air se condense en nuages ​​d’orage qui, bloqués par le relief, produisent de violentes pluies. L’eau de ces pluies fait monter le niveau des rivières. Le sol n’absorbe plus l’eau de ruissellement. Rapidement, les rivières débordent provoquant des inondations.

Précipitations : record national à Valleraugue
La quantité d’eau de pluie peut représenter l’équivalent de plusieurs jours, voire d’un mois et même de plusieurs mois. Selon noe.gard, l’observatoire du risque inondation, en 2002, 687 mm sont tombés en 24 heures à Anduze, à peine plus que les 600 mm enregistrés en moyenne annuellement à Paris ! En 1988, il avait chuté de 420 mm en huit heures à Nîmes. Le record national de précipitations est Gard. Il date de 1907 avec 950 mm en 24 heures à Valleraugue.

Gard : grandes dates de crues
Le Gard est sujet aux inondations depuis des siècles. Le site noe.gard les a répertoriés. La première est celle du Rhône en septembre 1226 qui avait été désastreuse. Il rappelle également que trois crues exceptionnelles s’étaient produites entre 1400 et 1800, laissant des traces dans une grotte située à plus de 17 m au-dessus du niveau de la rivière entre le pont Saint-Nicolas et le pont du Gard. A titre de comparaison, au même endroit, les crues de 2002 avaient atteint 14 m. Le 11 octobre 1861, le Gardon et la Cèze avaient débordé, revendiquant 107 communes.
Au XXe siècle, les 26 et 27 septembre 1933, la crue du Gardon, du Vidourle et de la Cèze avait endommagé 39 communes et causé la mort de sept personnes. La crue la plus meurtrière (Gardon, Vidourle et Cèze également) fut celle de 1958 avec 35 victimes. En 1988, donc, les crues de Nîmes mais aussi les crues du Vistre, du Gardon et du Vidourle avaient impacté 76 communes. Résultat : onze morts. Une personne avait perdu la vie en décembre 2003 lors des crues du Rhône. 37 municipalités avaient été touchées. Les dommages ont été estimés à 300 millions d’euros. Du 6 au 9 septembre 2005, Vistre, Rhôny et Gardon ont causé des dégâts dans 86 communes sans faire de victimes.
En septembre, octobre et novembre 2014, des inondations dans le Gardon, la Cèze, l’Hérault, le Vidourle et le Vistre avaient touché 172 communes et fait cinq victimes. Un an plus tard, les 12 et 13 septembre 2015 précisément, la Cèze, le Gardon et l’Hérault sont en crue, touchant 30 communes sans faire de victimes. Dernière crue en date, celle du Gardon et de l’Hérault, les 19 et 20 septembre 2020 avec deux morts et 26 communes touchées.

Alors que cette catastrophe a suscité un élan de générosité exceptionnel, l’ardoise était alors estimée à près de 800 millions d’euros.

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