Réforme des retraites : Macron s’apprête à passer en force, selon François Lenglet

Le président de la République serait prêt à se lancer très vite dans la réforme des retraites, coûte que coûte. La Première ministre Élisabeth Borne avait exprimé il y a quelques jours quelques réserves sur le sujet, en ne le mentionnant pas parmi les priorités de l’action gouvernementale. Et le patronat lui-même, par la voix de Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, avait carrément mis le pied sur le frein en déclarant : « Ce n’est pas ce qu’il faut faire au 1er septembre, on a plein d’autres problèmes. ”

C’est vrai qu’il y a plein de problèmes : l’inflation, la crise de l’énergie, la guerre… Emmanuel Macron veut accélérer car il y a d’abord un argument de fond, c’est par des réformes que nous sortirons de la crise, et non en les évitant. Puis un argument d’opportunité politique : plus le temps passera, moins ce sera facile, croit-on à l’Élysée. La tentation de provoquer la crise de la part des opposants sera de plus en plus forte, tandis que la capacité d’action du président s’affaiblira, étant donné qu’il ne pourra pas se représenter.

Il sera ce que les Américains appellent un « canard boiteux », un canard boiteux, coincé entre les prétendants à sa succession et l’opposition parlementaire. Et puis il y a le tempérament d’Emmanuel Macron, qui est tout autant sa position politique : allons-y. Le chef de l’Etat veut repousser l’âge légal à 64 ou 65 ans, comme il l’envisageait lors de la campagne présidentielle. Et payer en retour, mettre le paquet sur les avantages liés à la pénibilité du travail effectuéceux qui seront accordés aux carrières longues et aux femmes isolées.

Un recours au 49-3 ?

Cette réforme ne se négociera ni à l’Élysée ni au gouvernement, nous ne nous faisons aucune illusion sur la concertation avec les syndicats, et plus sur le travail parlementaire avec l’opposition, même avec la droite. Tous les signaux d’ouverture ont disparu. Impossible de trouver une majorité, nous nous préparons donc à passer en force.

Le recours à l’article 49-3 est donc possible. Cet article permet de faire adopter un projet de loi sans vote, en engageant la responsabilité du gouvernement, au risque de faire tomber le gouvernement. La constitution lui permettant d’être utilisé pour des textes financiers, Bercy a aussi calculé qu’il faudrait le débloquer jusqu’à 8 fois pour faire adopter le budget, vu les allers-retours entre les chambres. Mais ça permet aussi un 49-3 par séance sur un autre sujet, qui est tout trouvé. L’autre voie possible est le référendum.

Les sources se réfèrent à la période 1958-1962, où le général de Gaulle n’a pas la majorité à l’Assemblée, et où il gouverne et transforme pourtant les institutions. A l’époque, l’Assemblée avait refusé l’élection au suffrage universel du président de la République qu’il proposait. De Gaulle appelle alors un référendum sur le sujet. Une motion de censure est votée contre son gouvernement par l’Assemblée, c’est le seul voté à ce jour sous la Ve République. En représailles, il dissout l’Assemblée. Et il remporte d’abord le référendum, puis les élections législatives qui suivent, avec une avance confortable. Pour l’actuel président, c’est bien sûr le scénario rêvé. Honnêtement, ce n’est pas le seul, celui du grand bazar politique et social existe aussi.

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