Une fiction sur “la cale” pour “secouer le cocotier” sur les violences faites aux femmes

Un apéritif en plein air. Un groupe d’amis. Soudain, l’un d’eux, Damien, s’effondre au sol. Anna, sa compagne, lui a planté une lame dans le cou. Si nous nous permettons de dévoiler ici la scène choquante qui s’ouvre A la folie, fiction en deux parties diffusée dès 21h10 ce mardi sur M6, c’est qu’elle n’est pas l’aboutissement de l’intrigue. Tout l’intérêt réside dans la question : Comment expliquer un tel geste ?

Le scénario remonte ensuite dans le temps jusqu’à la nuit où le couple s’est rencontré, puis raconte ce qui ressemble à une histoire d’amour mais qui n’en est pas. L’histoire a des allures “d’une comédie romantique baignée de petites humiliations et de reflets pourris”, selon la co-réalisatrice Andréa Bescond. Elle précise son propos : « Eleonore Bauer, qui a écrit le scénario avec Guillaume Labbé, a du recul sur sa propre histoire. Elle décrit bien le phénomène de contrôle, les étapes du mécanisme du pervers narcissique. »

“Déballer les mécanismes”

Marie Gillain incarne Anna, une photographe bien dans sa peau et dans sa vie, qui s’entend parfaitement avec le père de son fils de 15 ans dont elle est séparée. Une femme loin du stéréotype de l’héroïne frêle et vulnérable. Puis, elle rencontre Damien et noue une relation avec lui. Les vexations sous couvert d’humour, les interdits déguisés en recommandations bienveillantes, les injonctions contradictoires et la violence de cet homme à son égard l’écrasent lentement.

« A la folie montre comment on arrive à détruire quelqu’un qui est fort, qui a un poste », explique le co-réalisateur Eric Métayer, notant que ce que vit ce personnage fait écho aux nombreux exemples de violences faites aux femmes qui foisonnent dans les rubriques de l’actualité. « Il est important de décortiquer ces mécanismes pour les rendre accessibles au grand public, poursuit Andréa Bescond. Aujourd’hui, en réaction à ces cas, il y a encore ceux qui disent “Pourquoi ne l’a-t-elle pas quitté ?” »

La relation entre Damien et Anna est dépeinte avec didactisme dans A la folie sans tomber dans le dossier fiction. Elle permet de montrer les formes insidieuses, qui n’alertent pas forcément l’entourage des victimes, du phénomène d’influence. “Par rapport au scénario d’origine, on a rajouté une séquence avec l’avocat joué par Nicole Ferroni qui s’exprime sur les réseaux sociaux pour faire comprendre les failles du système judiciaire avec 80% de classements sans suite”, indique le réalisateur.

“Il n’y a pas de volonté politique concrète”

Enfant, Andréa Bescond a été victime d’un mineur criminel. Devenue adulte, elle a donné son témoignage à travers l’émission chatouille, qu’elle a portée à l’écran en 2018 avec Eric Métayer. Tous deux expriment la volonté de faire des « travaux utiles » et de « secouer le cocotier », dans la lignée de leur engagement militant contre la violence.

« On parle aux ministres, on leur dit qu’ils ont un modèle extraordinaire en Espagne où depuis dix ans, les féminicides ont baissé de 50 %. Mais, pour y arriver, il faut un budget d’un milliard d’euros, il faut 30 000 bracelets électroniques qui ne soient pas les pourris qu’on a en France que les mecs peuvent casser comme ça, comme dans le business Shake it up. Faire des réunions et des commissions de Grenelle est une plaisanterie. Il n’y a pas de volonté politique concrète », déplore-t-elle. A la folie fait aussi ce constat amer en nous laissant sans voix sur une scène finale que nous ne raconterons pas ici.

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