Comment les services d’électricité autonomes peuvent-ils faire face ?

Cadeau d’anniversaire drôle. Alors qu’il fête cet automne ses 100 ans, le service municipal d’électricité (RME) de Loos-lez-Lille, dans la banlieue lilloise, se retrouve dans la tourmente d’une crise énergétique sans précédent. Comment une petite entreprise de distribution et de fourniture d’électricité, dans l’ombre du géant EDF, peut-elle s’en sortir, coincée entre une mission de service public et un contexte concurrentiel exacerbé ?

Pour comprendre le problème, il faut d’abord s’interroger sur le statut de ces régies électriques. La plupart sont nés en France après la Première Guerre mondiale, lorsque les réseaux électriques ont commencé à tisser leur toile à travers le pays. Or, en 1946, ces entreprises disparaissent presque toutes avec la création et la nationalisation d’EDF. “Certains, qui dépendaient comme nous de la collectivité locale, ont choisi de rester dans la gestion”, raconte Arnaud Evrard, directeur du RME Loos.

« Notre force est la proximité »

A Loos, commune de 23 000 habitants, le RME gère donc toujours la distribution d’électricité, à la place d’Enedis, le distributeur national. Mais il s’occupe aussi de fournir de l’électricité aux foyers au même titre qu’EDF ou des concurrents privés qui se sont multipliés ces quinze dernières années. En France, il existe encore environ 150 collectivités autonomes de ce type, dans le département des Deux-Sèvres ou la ville de Grenoble, par exemple. D’autres sont restées des entreprises comme Electricité de Strasbourg.

« Notre force, c’est la proximité », souligne Arnaud Evrard. Un accueil physique et une capacité à intervenir très rapidement en cas de dysfonctionnement aussi bien sur le réseau que chez les particuliers. Autre avantage pour l’utilisateur : il n’est pas nécessaire de faire appel à plusieurs prestataires si vous souhaitez installer un compteur électrique. Et pour la ville, “c’est un service public très important qui s’occupe notamment de l’éclairage public”, reconnaît Catherine Grière, adjointe à la ville de Loos.

En revanche, la crise énergétique qui s’annonce inquiète le patron de RME. « La grande majorité de nos clients bénéficient toujours du tarif réglementaire de vente en vigueur, dans le cadre d’un contrat qui nous lie à EDF, mais cette crise a toujours des implications financières pour nous. »

Une ferme photovoltaïque en projet

Et pour des tarifs non réglementés, la facture pourrait être très lourde. “Pour des petites structures comme la nôtre, qui emploie une quinzaine de personnes, la volatilité des prix peut remettre en cause la viabilité de l’entreprise”, ajoute Arnaud Evrard. Il y a un changement de prix d’un jour à l’autre. Pour 2023, notre plan marketing prévoit déjà une multiplication du prix du mégawatt par 4 ou 5. »

Face à ces défis, la solution reste de produire soi-même de l’électricité. Le RME de Loos a pris les devants en lançant l’an dernier des études pour installer une ferme photovoltaïque d’ici trois ans. Mais, dans la banlieue lilloise, le foncier reste difficile à obtenir et ce ne sera qu’un « complément de production à la marge », avoue le réalisateur. « Nous ne pouvons baser notre production que sur le photovoltaïque. Si nous parvenons à produire 5 % de nos besoins en électricité avec ce projet, ce sera déjà très bien », poursuit-il.

Le centenaire arrive donc à un moment crucial pour RME. “Nous attendons le positionnement de la France et de l’Europe pour stabiliser ou faire baisser le prix de l’électricité”, explique Arnaud Evrard. Car, à son petit niveau, la direction reste très dépendante des décisions prises en haut lieu.

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