“Athéna”, le nouveau film de Romain Gavras, brise la mélancolie du Parc aux lièvres, un quartier d’Evry dont la destruction approche

Cocktails Molotov, rodéos urbains, affrontements entre jeunes du quartier et forces de l’ordre, au bord de la guerre civile : bienvenue à Athéna. Un quartier de banlieue fictif qui donne son nom au nouveau blockbuster de Romain Gavras, qui sort ce vendredi 23 septembre sur Netflix.

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Dans la vraie vie, on est loin de cette effervescence. La dalle de béton en hauteur du Parc aux lièvres, quartier d’Evry-Courcouronnes (Essonne) qui a accueilli le tournage, est souvent déserte. Toutes les boutiques ont baissé leurs rideaux, quelques herbes folles s’invitent dans la plaine grisâtre, un vélo pend au balcon d’un immeuble sans vie.

Quartier emblématique de la ville, célébré dans la culture hip-hop, réputé ces dernières années pour avoir vu grandir le rappeur Koba LaD, le lieu est en déclin. La grande majorité des habitants ont quitté les lieux et ont été relogés, en prévision de la destruction de la dalle en 2023. Alors que le film arrive sur Netflix, le quartier Hare Park connaît son chant du cygne.

« Nous avons vraiment aimé »

La destruction des bâtiments entourant la dalle est prévue depuis 2017 et actée depuis 2018. Comme chaque année depuis, au niveau du tunnel sous dalle, le collectif Mémoire du Parc aux lièvres organise une fête pour réunir les anciens habitants du « PAL ». Beaucoup ont vu l’endroit se détériorer ces dernières années. « Depuis qu’on sait que la dalle va être détruite, il n’y a plus personne. L’ambiance du quartier n’y est pour rien »regrette Thibault (les personnes dont seul le prénom apparaît n’ont pas souhaité donner leurs noms), 17 ans, qui a grandi au Parc aux lièvres.

Parmi les plus anciens, parfois présents depuis 1972 et la création de la dalle, c’est la nostalgie qui parle. « J’y ai passé les trente meilleures années de ma vie. Cette future destruction m’attriste beaucoup », avoue Yvon Perrot, le tout premier habitant du quartier et légende locale. L’homme de 85 ans a quitté il y a quelques années le bâtiment 3 sur dalle pour s’installer un peu plus loin à Corbeil-Essonnes. Comme d’autres, il se souvient de la fontaine qui fut détruite, de la boulangerie, du café, de la cordonnerie, de la banque, qui ferma peu à peu, en concurrence avec l’Agora, le grand centre commercial d’Évry.

“Les pouvoirs publics ont fait en sorte de fatiguer le quartier pour pouvoir le démanteler”, pense Lahssen, un habitant du quartier

Personne ne nie les troubles qu’il a pu y avoir ici ou les “quelques bêtises de jeunes”, mais les problèmes du lieu sont vite effacés de la mémoire. Nous ne retiendrons que cela ” petit village “comme tout le monde le dit en chœur, délaissée par les pouvoirs publics. “Ils ont fait en sorte de fatiguer le quartier pour pouvoir le casser”, pense Lahssen, comme beaucoup de ses voisins. Avec une question subsidiaire : ces destructions et les rénovations résoudront-elles tous les problèmes du quartier ? Les habitants en doutent.

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