“C’est ma soeur que j’appelle quand ça ne va pas”

“J’ai beaucoup de tendresse pour cette photo d’enfance de moi et ma grande sœur Catherine, avec nos coupures pas possibles et nos bonnes joues. Je ne saurais dire où elle a été prise exactement, peut-être à Amiens, où nous avons passé quelques années avant de grandir dans le 11e arrondissement de Paris. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, à jouer sans trop besoin, un bâton, de la terre, comme ici, des jouets, quelques Barbies… Ce sont des moments précieux, un mélange de joie et d’ennui presque doux – bien différent de notre époque, où je passe mon temps à lutter contre l’omniprésence des écrans pour garder mes enfants sains d’esprit.

Ma sœur reste l’une des personnes centrales dans ma vie. Quand nous étions jeunes, nous allions ensemble dans une colonie de vacances des PTT, car mes parents y travaillaient tous les deux, en Bretagne ou au ski. Ses copains m’appelaient Nico, en essayant de compatir : ils voulaient tous m’avoir dans leur poche pour sortir avec elle… Tous les deux étaient impulsifs, et nous avons dû nous disputer, mais sans vraiment nous fâcher. Aujourd’hui, je l’appelle quand ça ne va pas; c’est ma complice, avec qui j’ai tant de bons souvenirs, même récents. Pas plus tard que samedi dernier, nous étions censés nous voir en hâte, à l’improviste, et cela s’est terminé avec nos enfants et nos amis en un rien de temps, buvant et riant.

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J’ai grandi avec des parents cinéphiles : mon père avait un goût prononcé pour le cinéma américain, ma mère pour le cinéma français. Mais, étant acteur, je ne l’ai pas prémédité. J’ai même essayé pendant quelques semaines de devenir assistante en pharmacie, c’est dire ! Quand j’avais 16 ans, j’avais du mal à rester immobile et j’ai quitté le système scolaire. J’ai passé du temps à traîner dans mon quartier, à me battre, à chercher des ennuis – ce n’était pas mon meilleur moment. Le jour où j’ai rejoint le Club Daumesnil pour prendre des cours de boxe thaï avec l’entraîneur André Zeitoun, tout a changé. J’avais enfin un endroit pour évacuer ma rage. J’ai appris à être précis, vif. Je suis sortie essorée, mais la tête reposée, avec une sensation de plénitude.

« Mes parents et ma sœur ont vu mes premiers films et n’ont pas cherché à m’épargner. »

C’est dans ce club qu’un jour Antoine Carrard, le directeur de casting du Petit voleur, par Erick Zonca. Il s’est présenté et a dit qu’il cherchait quelqu’un pour un petit rôle de boxeur. Les gars se sont portés volontaires avec enthousiasme. Moi, j’étais là, tête baissée, pensant me faire oublier. C’est ce qui a attiré Antoine Carrard, il m’a appelé : « Et toi, là-bas, au fond, tu ne veux pas passer le casting ? » J’ai appris le texte, et je n’avais qu’une envie en tête : convaincre. J’ai beaucoup donné, au point qu’Erick a fini par me confier le rôle principal du film.

Mes parents et ma sœur étaient contents pour moi mais avaient peur que je me laisse emporter. Ils ont vu mes premiers films et n’ont pas cherché à m’épargner : le soir de l’avant-première de Snowboardeur, d’Olias Barco, en 2003 au Grand Rex, je me souviens d’avoir traversé la rue pour aller embrasser mon père. Il gloussa, se moquant doucement de moi. Bon, en même temps, je savais très bien que je n’avais pas participé à un chef d’oeuvre…

Cette proximité que nous partageons, ma sœur et moi, a pu m’aider sur certains tournages, comme jouer le frère de Sophie Quinton dans Poids léger, Film de Jean-Pierre Améris où j’ai encore joué un boxeur. Il fallait une compréhension fraternelle facile, immédiate, et je n’ai pas eu besoin de beaucoup réfléchir pour pouvoir l’incarner : cette pure complicité, je la connaissais déjà depuis le début. »

papillons noirs, une série d’Olivier Abbou et Bruno Merle, avec Nicolas Duvauchelle et Niels Arestrup (6 × 50 minutes). Sur Arte les 22 et 29 septembre, à 20h55, ou en replay intégral sur Arte.tv jusqu’au 12 octobre.

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