Dans l’Eure, la reconversion verte de la “vallée des choux pourris”

Dans les années 1970, un célèbre hebdomadaire satirique baptise ce petit coin traversé par la Seine, entre les boucles de Val-de-Reuil et d’Elbeuf, la « vallée du chou pourri ». Allusion claire, sinon poétique, aux nuisances olfactives qui gangrenaient la vie des habitants du village voisin d’Alizay (Eure) et même au-delà, et qui provenaient de l’usine de pâte textile, puis de papier, installée là depuis 1951.

En 2022, l’eau a coulé sous les ponts de la Seine, et le site a bien changé. Les émanations pestilentielles ont disparu, poussées par le mauvais vent de la désindustrialisation, emportant avec elles, en 1980, l’Alizay Industrial Cellulose Company, son usine, sa haute cheminée et ses emplois. En contrebas du village d’Alizay, reconnaissable à sa magnifique mairie normande couverte de colombages, le site industriel est en pleine mutation après des décennies de difficultés.

A l’image de ce qui s’est passé sur le site d’une autre papeterie emblématique, La Chapelle-Darblay, située à une vingtaine de kilomètres, plusieurs repreneurs sont venus au fil des années, ont tenté de relancer la production et sont partis. Le dernier en date, le papetier thaïlandais Double A, qui produisait des rames pour alimenter les imprimantes de bureau. Un papier blanc comme neige, fabriqué à partir d’un matériau qui n’est rien de moins que durable : du bois provenant de plantations d’eucalyptus au Brésil ou en Asie du Sud-Est et transporté en Europe. Le télétravail et le tout numérique ont pris le dessus modèle d’affaires du thaï.

En accordéon

De nouveau en difficulté, le site est racheté en 2021 par VPK Packaging, un groupe familial belge, créé en 1935 et devenu un géant européen de l’emballage, affichant un chiffre d’affaires de 1,75 milliard d’euros et comptant quelque soixante-dix usines dans vingt pays. L’entreprise, qui s’est engagée à préserver les 180 emplois menacés, imagine un projet très dans l’air du temps : elle fabriquera, à Alizay, du « papier ondulé », le matériau de base utilisé pour fabriquer ensuite les des box indispensables à la grande distribution ou aux géants du commerce en ligne. L’usine normande sera la tête de pont pour la fabrication de boîtes innovantes : grâce à leur conception en accordéon, elles permettent par exemple d’optimiser la taille et le poids des colis et de supprimer les produits de calage empêchant la détérioration du contenu. Un marché qui, contrairement au papier de bureau, est en croissance continue et offre de belles perspectives.

Il vous reste 78,24% de cet article à lire. Ce qui suit est réservé aux abonnés.

Leave a Reply

Your email address will not be published.