Gel des factures énergétiques, baisses d’impôts, déréglementation… Londres annonce des mesures pour relancer sa croissance

Avec une inflation à près de 10 %, une économie en récession selon la Banque d’Angleterre, une confiance au plus bas et une livre déprimée, le nouveau chancelier de l’Échiquier, Kwasi Kwarteng, a dévoilé, vendredi 23 septembre, un cocktail de mesures pour donner un coup de pied -relancer la croissance sur le plancher et essayer de freiner l’inflation, avec des effets secondaires potentiellement graves pour les finances publiques.

“Pendant la crise énergétique la plus grave depuis des générations, ce gouvernement est avec le peuple”a lancé M. Kwarteng au Parlement, ajoutant qu’il souhaitait “réformer l’offre de l’économie” dans “baisser les impôts pour stimuler la croissance”. “C’est ainsi que nous inverserons le cercle vicieux de la stagnation” économique, a-t-il insisté.

La mesure phare de « mini-budget », comme on le surnomme, gèlera les factures d’énergie pendant deux ans, à 2 500 livres pour un ménage moyen (2 830 euros), une remise financée par le gouvernement d’au moins 1 000 livres. Les entreprises ne sont pas en reste et voient leurs factures couvertes pour environ la moitié pendant six mois.

Les prix du gaz et de l’électricité se sont envolés depuis le début de la guerre en Ukraine, en raison des limitations de l’approvisionnement en hydrocarbures depuis la Russie, et le Royaume-Uni est particulièrement dépendant du gaz.

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Une politique « gagnant-gagnant pour les plus riches »

Cette prise en charge massive des factures énergétiques devrait coûter 60 milliards de livres (68 milliards d’euros) pour les six premiers mois, a quantifié M. Kwarteng, dont le cocktail de mesures comprend aussi une bonne dose de recettes populaires des conservateurs, notamment des baisses d’impôts. La baisse des cotisations sociales est confirmée pour les entreprises (prélèvement social) comme pour les ménages, ainsi que la suspension de certains prélèvements écologiques.

Le ministre des Finances a également confirmé une baisse de la taxe sur les transactions immobilières et annoncé une baisse du taux maximum de l’impôt sur le revenu, de 45% à 40%. La Première ministre Liz Truss a elle-même reconnu que la politique de son gouvernement favorisera principalement les plus aisés.

« Au lieu de défendre les travailleurs, les conservateurs protègent les profits des géants de l’énergie », qui ont profité de la flambée des prix du pétrole depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, a accusé Rachel Reeves, chef des Finances travaillistes. Elle note que le plafond du prix de l’énergie mis en place par Mmoi Truss et M. Kwarteng coûteront des dizaines de milliards de livres, qui seront financés par emprunt, avec un supplément qui devrait incomber au contribuable.

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De son côté, l’association de lutte contre la pauvreté Oxfam parle d’une politique “gagnant-gagnant pour les plus riches”. Les économistes craignent que le mélange de baisses d’impôts et d’aides massives, financées par l’emprunt, s’annonce toxique pour les finances publiques. L’Institut d’études budgétaires (IFS) a pour sa part prévenu que le plan Truss risquait d’endetter un “trajectoire insoutenable”.

Un autre mantra conservateur du nouveau chancelier de l’Échiquier : « Remettez la Grande-Bretagne au travail. » Alors que le marché du travail britannique souffre d’une grave pénurie de main-d’œuvre, l’accès au revenu minimum (crédit universel) s’accompagnera d’obligations pour certaines personnes travaillant moins de 15 heures par semaine.

Cela pourrait inclure le fait de “postuler à un emploi, participer à des entretiens d’embauche”ajoute le Trésor, qui veut aussi inciter les plus de 50 ans à revenir sur le marché du travail, dont ils sont sortis en grandes proportions depuis la pandémie, notamment en raison de longues maladies.

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Déréglementation et suppression du plafonnement des bonus des banquiers

Afin d’attirer les investissements au Royaume-Uni et notamment dans le secteur financier de la City, Kwasi Kwarteng et Liz Truss veulent aussi apparaître comme les hérauts de la déréglementation post-Brexit. M. Kwarteng a notamment annoncé vendredi la suppression d’un plafond sur les primes des banquiers, jusqu’ici à 200 % du salaire annuel, et une baisse de la tranche maximale de l’impôt sur le revenu, mettant fin à une règle héritée de l’Union européenne (UE) :

« Nous avons besoin de banques internationales pour créer des emplois ici (…) et payer des impôts ici à Londres, pas à Paris, Francfort ou New York. »

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Ce système, qui limite les primes à deux fois le salaire de base, a été mis en place au niveau de l’Union européenne afin de limiter les prises de risques excessives après la crise financière mondiale de la fin des années 2000, qui avait contraint l’État britannique à renflouer les banques à hauteur de dizaines de milliards de livres sterling.

Pourtant, les gouvernements britanniques successifs et la Banque d’Angleterre ont toujours critiqué ce plafond, jugeant qu’il ne favorisait que l’augmentation des salaires de base. Le Royaume-Uni a depuis quitté l’UE sans remettre en cause ce cadre de bonus.

M. Kwarteng a ajouté qu’il présenterait un plan à l’automne ” ambitieux “ réforme de la réglementation financière “pour réaffirmer le statut du Royaume-Uni en tant que centre mondial de services financiers”. Enfin, le Trésor vise à créer 38 zones de“investissement” déréglementé, ressemblant au projet de ports francs du précédent gouvernement conservateur.

Kwasi Kwarteng a également prévenu que le droit de grève serait plus encadré et limité aux seuls cas où les négociations salariales ont échoué, alors que le gouvernement précédent avait déjà autorisé le recours à des intérimaires pour atténuer l’impact des mouvements sociaux.

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Le Monde avec AFP

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