“Le climat seul ne les motive pas”… Lors de la manifestation Fridays For Future, nous avons cherché des lycéens

On ne peut pas dire qu’il y avait foule de lycéens à la manifestation de ce vendredi en faveur du climat, et même pas foule du tout. Entre 50 et 100 personnes se sont réunies à 14h devant l’Académie du Climat à Paris. Parmi eux des élus, des journalistes, et quelques lycéens, qu’il fallait retrouver au milieu du rassemblement organisé par le mouvement Fridays for Future, lancé par Greta Thunberg en 2018, la première à avoir fait la “grève des écoles”.

« Nous sommes plus chauds, plus chauds que le climat ! ou “Et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité” crient des militants, brandissant une banderole #GénérationSacrifié. A quelques mètres de là, un groupe de six ou sept jeunes femmes a fabriqué leur carton, avec un slogan décalé : « Il faut vraiment être un dinosaure pour investir dans les fossiles. Ils viennent tous du lycée franco-allemand de Buc, dans les Yvelines, et ils ont séché l’école pour venir ici.

“Il faut arrêter de blâmer les gens”

Devant le petit nombre de personnes rassemblées ici, Sarah, 16 ans, en première dans ce lycée, s’inquiète. “J’ai très mal vécu cet été, je suis dévasté. Je pense qu’on peut agir par l’action, mais il n’y a pas d’action… », lance-t-elle un peu agacée. Interrogée sur ses prétentions, Rebecca, en dernière année dans le même établissement, avoue être démunie. “J’aimerais étudier la biologie environnementale pour mieux comprendre ce qui se passe et faire bouger les entreprises”, dit-elle.

Le discours d’Emmanuel Macron, incitant à baisser la climatisation et le chauffage à 19 degrés, et le débat sur les jets privés, semblent avoir laissé des traces dans les consciences du groupuscule. « Les petits gestes sont importants, mais le gros problème, c’est le réchauffement climatique. Il faut arrêter de culpabiliser quand le gros problème c’est l’avion de Bernard Arnaud qui émet des tonnes de CO2. Pourquoi est-ce que je me sens mal de prendre l’avion une fois par an, alors que c’est tous les week-ends ? demande Nell, 16 ans.

“Aucune action politique n’est à la hauteur des enjeux”

Présent avec d’autres élus, l’adjoint au maire de Paris chargé de la transformation de l’espace public et de la mobilité, David Belliard, en convient : « La question climatique se résout avec la question sociale. Lorsque vous êtes dans un appartement à 17 degrés, vous ne pouvez pas baisser le chauffage. Les efforts doivent se concentrer sur la population la plus aisée et les multinationales. « Plus loin, on rencontre la sénatrice écologiste Esther Benbassa, le député Nupes du Val-de-Marne Louis Boyard, la conseillère de Paris Raphaëlle Remy-Leleu.

Au micro, les porte-parole de Fridays for Future semblent répondre aux critiques de David Belliard. “Aucune action politique n’est à la hauteur des enjeux”, prévient une voix. C’est aussi le constat d’un lycéen appartenant au ” Jeunes écologistes d’Ile-de-France qui voudrait « changer le système ». « Nous devons arrêter le libéralisme et aller vers une société éco-socialiste. Je suis pour la sobriété et l’efficacité énergétique. Il faut diminuer dans certains domaines, produire moins. Et se demander de quoi on a besoin pour vivre décemment. On n’a pas besoin de jets privés », clame Xander, 17 ans, lycéen à Évry.

“Je suis un peu seul dans mon lycée”

Xander n’a pas eu besoin de se couper, il a simplement demandé à son professeur si elle acceptait de déplacer la classe, ce qu’elle a fait, nous dit-il. Mais il se sent bien seul dans ce combat, car malgré cet aménagement, aucun de ses camarades de classe et aucun de ses amis n’ont fait le déplacement : “Il y a une éco-pensée chez les gens de mon âge mais ils sont ivres de politique, explique-t-il. Le climat seul ne les motive pas. Je voudrais qu’on ne mette pas l’écologie dans le carcan des gens qui prennent le vélo. Il faut ouvrir l’écologie à une écologie populaire, aux luttes féministes et à une écologie de l’égalité”, analyse-t-il.

Inès, également dans les Jeunes écologistes, se sent aussi très seule dans son combat. Elle n’a pas osé sauter les cours, car personne dans son lycée privé de Charenton-le-Pont ne s’y risquerait, nous confie-t-elle. Elle a donc sauté dans le métro juste après sa dernière leçon et a suivi la démo en cours de route. « Je suis un peu seul dans mon lycée. Je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un d’autre qui proteste dans ma classe. Et sécher l’école, sûrement pas.

Loin de l’attitude très positive qu’on entend sur la jeunesse et le climat, Inès se veut lucide. “Oui, il y a une conscience verte dans ma génération, mais toute la génération Z n’est pas très verte. Et puis quand je regarde les chiffres de la participation des jeunes aux élections. Sur les questions d’engagement politique, qui sont importantes pour moi, il n’y a pas assez de mobilisation. » Et Inès de conclure : « S’il y a un changement, il ne pourra pas venir uniquement des jeunes. »

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