Le monde des télécoms est empêtré dans le fiasco des connexions fibre

Ce jeudi matin, l’Arcep, le régulateur des télécoms, a réuni le meilleur des télécoms lors d’une grande conférence à Paris. Baptisé « Territoires Connectés », l’événement a réuni de nombreux leaders du secteur et des représentants des collectivités locales. Lors des débats, c’est encore une fois la malfaçon des réseaux fibre qui monopolise les échanges. Environ une connexion sur trois se termine toujours par un échec. De nombreux techniciens, employés par des sous-traitants des opérateurs télécoms, ne travaillent pas dans les règles de l’art, et sèment souvent la pagaille sur les réseaux. Au grand dam des consommateurs, qui doivent faire face aux pannes et autres déconnexions lorsqu’ils décident de troquer leur vieil ADSL contre une connexion fibre ultra-rapide.

Lors de cette conférence, Laure de la Raudière, la présidente de l’Arcep, n’a pas été épargnée. Furieux des incidents à répétition, certains élus locaux et parlementaires estiment que le gendarme des télécoms devrait user davantage de son bâton, et user de son pouvoir de sanction. Ce mécontentement, Patrick Chaize, le sénateur (LR) de l’Ain et président de l’Avicca, association influente regroupant les collectivités impliquées dans le numérique, ne l’a pas caché. Invité par l’Arcep pour introduire la conférence, il a rappelé avoir déposé, cet été, un projet de loi visant à éradiquer les malfaçons. Le texte vise notamment “pour renforcer les pouvoirs de l’Arcep”, a-t-il rappelé, afin de sanctionner, le cas échéant, les opérateurs et acteurs du déploiement de la fibre. Mais si ce nouveau pouvoir était accordé, “il faudra encore s’en servir, sinon c’est le règne de l’impunité”a taclé le parlementaire. “Rien ne serait pire que l’autorité sans autorité”, il a continué. Pour justifier cette pique, il a aussi déploré que le régulateur refuse de sanctionner Orange et SFR, qui ne sont pas dans les clous de leurs obligations de déploiement de la fibre dans les villes moyennes.

A l’issue de la conférence, Laure de La Raudière n’a pas manqué de répondre au sénateur qu’elle connaît bien. L’ancien député s’est séparé d’un “petite coupure” à son « cher Patrick » sur “Le pouvoir de sanction de l’Arcep”. « Je vous assure que nous avons toujours ce pouvoirelle a lancé. Et si nécessaire, nous n’hésiterons pas à l’utiliser. » Mais pour le président du régulateur, cette solution ne doit pas être une priorité. Explications : “Quand on sanctionne, ça veut dire que le problème n’est pas résoludit-elle. Du point de vue de la régulation, c’est presque un échec… C’est parce qu’on a un dialogue permanent avec tous les acteurs, qu’on les accompagne pour les amener à résoudre les difficultés, qu’on n’a généralement pas besoin pour les sanctionner. » La ” dialogue “ assurer bienselon elle, un niveau élevé de” engagement “ opérateurs télécoms et constructeurs. C’est notamment de cette manière, juge Laure de La Raudière, que la filière fibre a accouché d’un plan anti-défauts, qui doit être opérationnel, au plus tard, d’ici la fin de l’année.

Laure de La Raudière, à cette occasion, a rappelé que l’Arcep ferait tout pour “garantir la qualité de service” réseaux fibre. Elle a, pour la énième fois, déploré « des situations inacceptables, des déconnexions sauvages, des dégradations d’infrastructures, ou des parties de ping-pong entre l’opérateur de l’infrastructure et l’opérateur commercial pour savoir qui est chargé de dépanner un client parfois privé d’Internet pendant des semaines ».

“C’est juste des gougnafiers”

Malgré ces critiques, qui tourbillonnent depuis des mois, des améliorations se font attendre depuis longtemps. Les élus locaux n’en peuvent plus. Dans certaines communes, ce qui n’était d’abord qu’une grogne s’est transformé en colère. Lors de la conférence de l’Arcep, Dominique Vérots, le maire de Saint-Pierre-du-Perray (Essonne), a crié son ras-le-bol. Sa ville de 11 200 habitants fait partie de celles où les réseaux de fibre sont tellement dégradés que tout est à refaire. Si l’édile dit “respect” la ” profession “ techniciens en charge des branchements, il dit que chez lui, “c’est que des gougnafiers”. “Je n’ai que des sous-traitants de sous-traitants, qui le lundi ont un certain métier, et le mercredi sont des soi-disant techniciens de la fibreil rit. Ce sont des gens qui ne ferment pas leurs placards, des gens qui pillent parce qu’ils veulent piller. Tant que nous poursuivrons l’ubérisation de ces techniciens rémunérés à la connexion, nous n’y parviendrons pas. »

Cette sortie n’était guère du goût de Philippe Le Grand, le président d’InfraNum, la plus grande fédération de fabricants de fibres. “Tu es bouleversé, je comprends queil a répondu. Votre commune fait partie des exceptions où il y a des réseaux à reprendre… Mais je ne souscris absolument pas à vos propos, qui sont inacceptables, sur la qualification des personnes qui interviennent. Parmi les techniciens, il n’y a pas que des gens qui se comportent mal. » Selon Philippe le Grand, qui a également déploré la “sur-médiatisation” problèmes sur les réseaux, le plan anti-pannes, concocté avec les opérateurs et leurs sous-traitants, “permettre précisément de faire le tri”. En clair pour écarter les techniciens peu scrupuleux. Le secteur est désormais attendu au tournant.