“Le seul problème auquel Charles III sera confronté, c’est sa personnalité”

À quoi s’attendre avec Charles III ? Depuis Londres, le spécialiste de la royauté britannique Marc Roche partage avec Madame Figaro son analyse du règne à venir et de la personnalité du nouveau roi d’Angleterre.

Le palais de Buckingham a tremblé le 8 septembre dernier. Avec la mort de la reine Elizabeth II, une page d’histoire s’est tournée. Tâche à son fils Charles désormais de prendre la relève, et surtout de faire ses preuves. L’image du nouveau souverain a en effet été durablement souillée par son mariage chaotique avec Lady Diana. Pourtant, tout n’est pas gagné d’avance selon Marc Roche, qui couvre l’actualité de Windsor depuis plus de vingt ans. Fin connaisseur de la monarchie britannique, cet ancien journaliste du Monde est l’auteur de nombreux livres sur la royauté, dont Les Borgia à Buckingham (Albin Michel)*. De Londres, il partage Madame Figaro son analyse du règne à venir et de la personnalité de Charles III. Comme on dit au Royaume-Uni, que Dieu sauve le roi

En vidéo, quand le roi Charles III perd patience à cause de… un stylo

Madame Figaro.- En 2020, vous avez consacré un livre à Elizabeth II intitulé Elle ne voulait pas être reine !. Peut-on en dire autant de Charles III ?
Marc Roche.- C’est le contraire. Charles voulait être roi. Il a attendu toute sa vie et était préparé comme aucun prince de Galles ne l’avait été auparavant. Premier héritier du trône britannique, il a eu accès aux informations confidentielles de la monarchie et a été de facto quasi-régent pendant les dernières années de sa mère. Ce nouveau statut de roi ne lui est donc pas inconnu. Il connaît tout le monde : tous les chefs d’État lui ont rendu visite à Clarence House.

En tant que correspondant accrédité à Buckingham Palace de 2000 à 2014 pour Le monde, vous avez vous-même eu l’occasion de rencontrer le nouveau roi d’Angleterre. Quel homme est-il ?
J’aime raconter cette conversation que j’ai eue avec lui après un banquet avec Nicolas Sarkozy. C’était le 26 mars 2008, j’ai encore le carton d’invitation. La tradition veut qu’après le banquet, on aille prendre un café dans le salon. C’est à ce moment que vous rencontrez les membres de la famille royale, à l’exception de la reine. Ce fameux 26 mars, je suis introduit par le “Lord Chamberlain” (l’un des hauts fonctionnaires de la cour au Royaume-Uni, ndlr) au Prince Charles qui me dit en français : « Oh, j’ai entendu M. Roche dire que les jeunes Français s’installent par milliers à Londres parce qu’ils peuvent y trouver du travail. C’est très intéressant, n’est-ce pas ? » Au lieu de répondre « En effet », ce qui aurait été approprié, je ne sais pas ce qui m’a pris et je lui réponds : « Bon, ne te plains pas, tu nous envoies tous les des vieux Britanniques qui s’installent en Dordogne et coûtent une fortune à la sécurité sociale ! Cela ne le faisait pas rire du tout. Suite à cet événement, j’ai dû montrer mes lettres de créance.

C’est donc un homme qui n’a pas beaucoup d’humour…
Non, Charles est un homme avec beaucoup d’humour, mais à sens unique. Il rit de ses propres blagues. Cela dit, ce n’est pas vraiment un compliment de dire ça. Cependant, il n’a jamais un sens de l’humour grivois ou blessant, contrairement à son frère le prince Andrew.

La mort de la reine a réglé la lutte fratricide qui existait entre Harry et William

Marc Roche, spécialiste de la royauté britannique

LL’image du prince Charles a beaucoup souffert dans les médias. Comment le roi Charles III a-t-il commencé son règne ?
La mort de la reine a en quelque sorte effacé tous ces scandales. Au fond, les Britanniques sont des légitimistes, ils ont besoin de la royauté. Alors oubliez tout. En revanche, Charles III a commis deux échecs depuis la mort d’Elizabeth II et qui, à mon sens, sont significatifs de sa personnalité : l’encrier et le buvard. Ces deux séquences montraient un roi Charles irrité, un côté moins sympathique de lui. Il faut dire que cet homme a toujours été habitué à ce que tout se passe bien depuis sa jeunesse. C’est son mode de vie qui se démarque. Pour moi, le seul problème auquel il va faire face est sa personnalité.

En vidéo, ce que l’arrivée de Charles III sur le trône va changer pour la monarchie

Tout le monde semble s’accorder à dire qu’aujourd’hui les princes Williamet Harryne se parlent plus. Mais on l’a vu ces dernières semaines : malgré les tensions, les deux frères semblaient unis dans le deuil. Peut-on croire à une vraie réconciliation, impulsée par le roi Charles III ?
Je pense que la mort de la reine a réglé la lutte fratricide qui existait ces dernières années entre Harry et William. Désormais, pour les Britanniques, il y a un ordre de succession, un noyau dur principalement constitué par le Pays de Galles. Meghan et Harry ne jouent plus aucun rôle dans la monarchie britannique. Pire, Meghan Markle est détestée au Royaume-Uni pour avoir traîné la famille royale dans la boue. Cependant, Charles III fait tout pour calmer le conflit et convaincre les Sussex de rester en Angleterre. Il n’a pas manqué d’avoir un mot pour eux lors de son premier discours de roi. Ce n’est pas un hasard.

Les princes William et Harry marchent derrière le cercueil de leur grand-mère, la reine Elizabeth II. (Londres, 14 septembre 2022.) Sébastien Bozon / AFP

Cependant, le prince Harry envisage de publier ses mémoires. Faut-il craindre de nouvelles révélations ?
Non. Au contraire, cette biographie devrait être dépourvue de toute information sur Charles, Camilla, William et Kate. Je suppose un arrangement financier entre les Windsors et Meghan et Harry. Les spécialistes que je connais en sont même convaincus. Peut-être que la famille royale a acheté son silence. Ce n’est probablement pas pour rien que Netflix ne s’intéresse plus aux Sussex.

Outre-Manche, on entend dire que Charles III pourrait réduire le train de vie de la monarchie. Peut-on imaginer qu’il finisse par couper la nourriture de certains membres de la famille royale ?
Déjà, ce qu’il faut comprendre, c’est que seul le roi bénéficie de la « dotation royale »**. Hormis le prince William, désormais à la tête du duché de Cornouailles, qui réalise de beaux profits, tous les membres de la famille royale dépendent de la générosité de Charles III. Et a priori, le roi sera généreux avec ceux qui travaillent : la princesse Anne, les Wessex, les Kent… Pour les autres, qui ont fait beaucoup de scandales comme le prince Andrew, je n’imagine pas qu’il restreigne leur chemin de la vie, mais cela leur imposera sans doute un code de conduite.

*Les Borgia à Buckinghammai 2022, 336 pages, 20,90€.

**Veuillez noter que le « Royal Endowment » n’est pas payé par le contribuable britannique. Il est alimenté par les bénéfices du « Crown Estate » : les terres et biens immobiliers de la Couronne, dont les revenus sont destinés au gouvernement britannique. En échange, ce dernier reverse à la famille royale un pourcentage des profits générés (entre 15 et 25%). Le nouveau souverain hérite également du duché de Lancastre, propriété de la royauté depuis le Moyen-Âge, qui génère environ 25 millions d’euros de revenus privés chaque année pour le monarque britannique.

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