pourquoi les ruptures de stock se multiplient dans les rayons des supermarchés ?

publié le vendredi 23 septembre 2022 à 08:40

Les ruptures de stock de produits du quotidien comme la moutarde ou l’huile de tournesol se sont multipliées ces derniers mois dans les rayons des grands magasins. Des explications sur ce phénomène qui a suscité l’incompréhension des consommateurs et ne fait pas l’affaire des grandes surfaces.

• La fin de l’abondance dans les supermarchés français ?
On se souvient de la pénurie d’huile de tournesol après le début de la guerre en Ukraine, gros producteur de cette plante.

Désormais, c’est la moutarde qui manque, mais aussi les biscuits. Dans la vie de tous les jours Le Parisienun représentant de System U a récemment fourni n’avoir “jamais connu de ruptures d’approvisionnement à un niveau aussi élevé”. Il y a eu aussi la pénurie de papier toilette au début de l’épidémie de Covid-19 en 2020.

Depuis le début du conflit en Ukraine, de début mars à mi-août, ce sont de la moutarde, des vinaigrettes, des boissons non alcoolisées, des chips, des huiles ou encore de la volaille qui ont été touchés, selon un baromètre établi par le panéliste NielsenIQ. Toujours est-il que 96,4% des références restaient disponibles dans les rayons en août, selon cette même source. Mais le taux de ruptures, qui durent en moyenne 4 jours, est anormalement élevé dans un pays habitué à ne rien rater.

• Comment s’expliquent ces ruptures de stock dans les rayons ?
Jusqu’à l’épidémie de Covid-19, l’approvisionnement des magasins fonctionnait sans difficulté. Avant de passer commande, les commerçants se basaient sur les ventes de la même période des années précédentes, en tenant compte d’événements particuliers comme les fêtes de fin d’année ou l’arrivée des beaux jours. Mais depuis 2020, entre confinements, télétravail et impact de la guerre en Ukraine, les prévisions sont beaucoup moins précises.
Tous les acteurs s’accordent à dire que ce sont surtout les achats dits “de précaution” qui vident les rayons. Ce sont des clients, apprenant que les récoltes de moutarde ont été mauvaises, ou voyant que les rayons sont déjà très vides, sont alors tentés d’acheter plus de ces produits que d’habitude, pour les stocker chez eux.

“Au mois de juin, on n’avait plus de moutarde car on avait atteint notre chiffre de l’année”, expliquait récemment sur Infos France Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des magasins E.Leclerc. Les Français ont acheté en six mois ce que le leader de la distribution pensait vendre en un an. “Si je cite une marque” qui pourrait bientôt s’épuiser, “tout le monde va se précipiter” pour l’acheter, a aussi déclaré Michel-Edouard Leclerc.
Cet empressement échappe aux modèles prévisionnels des entreprises, qui voudront passer commande en même temps, engorgeant la chaîne d’approvisionnement. De plus, les fournisseurs peuvent être tentés de facturer plus car les stocks disponibles sont très disputés.

• Les professionnels s’y intéressent-ils ?
Si l’huile de tournesol a fait son retour dans les rayons, c’est souvent à des prix plus élevés, ce qui laisse penser que les supermarchés profitent de la crise. Les professionnels répondent que ces fournitures leur coûtent, tout comme l’emballage et le transport. Mais comme la demande est forte, certains ont pu être tentés par des prix plus élevés.
Dans tous les cas, les commerçants n’aiment pas laisser les rayons vides, ce qu’ils perçoivent comme un manque à gagner, estimé par NielsenIQ à 2,7 milliards d’euros depuis le début de l’année. Un chiffre à nuancer cependant, car il ne tient pas compte des “surventes” réalisées lorsque le produit est disponible en rayon.

• Certaines ruptures sont-elles orchestrées ?

Cependant, certaines ruptures sont choisies par les professionnels, qu’ils soient agro-industriels ou distributeurs. Les fans de Mikado, Petit Ecolier, Pépito ou Pim’s ont récemment remarqué que certains de leurs produits manquaient dans les rayons. C’est la conséquence de la décision du groupe propriétaire de ces marques, Mondelez, de “nettoyer en profondeur” un site de production, suite à une alerte à la salmonelle dans une usine belge d’un de ses fournisseurs de chocolat. La marque a veillé à ce qu’aucun produit proposé à la vente ne contienne du chocolat contaminé.
Autre scénario : les eaux du groupe Danone, dont Evian, Badoit, Volvic. Dans de nombreux magasins Intermarché, ils ne sont plus vendus. Pas d’arrêt de production cette fois mais un désaccord entre le fabricant et le commerçant sur le coût d’achat.

Enfin avec la hausse des prix de l’énergie et l’hiver à venir, certaines entreprises, notamment dans l’agro-alimentaire, pourraient revoir leur production à la baisse. Une décision qui contribuerait à nouveau à vider les rayons.

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