pourquoi voyons-nous tant de pénuries sur les étagères ?

La fin de l’abondance ?

Les images deviennent familières : rayons vides des supermarchés, produits introuvables, voire disputes sur le dernier paquet de farine ou la dernière bouteille d’huile. Dans le quotidien Le Parisien, un représentant de Système U assurait récemment n’avoir “jamais connu de ruptures d’approvisionnement d’un niveau aussi élevé”. Il y a l’huile de tournesol, depuis l’invasion de l’Ukraine, grand producteur de cette plante, par la Russie. Ou du papier toilette au début de l’épidémie de Covid-19 en 2020.

Depuis le début du conflit en Ukraine, de début mars à mi-août, la moutarde, les vinaigrettes, les boissons non alcoolisées, les chips, les huiles et même la volaille ont été touchés, selon un baromètre établi par le panéliste NielsenIQ. Toujours est-il que 96,4% des références restaient disponibles dans les rayons en août, selon cette même source. Mais le taux de ruptures, qui durent en moyenne 4 jours, est anormalement élevé dans un pays habitué à ne rien rater.

Comment s’expliquent ces ruptures ?

Jusqu’à l’épidémie de Covid-19, l’approvisionnement des magasins était une machine bien huilée. Avant de passer commande, les commerçants se basaient sur les ventes de la même période des années précédentes, en tenant compte d’événements particuliers comme les fêtes de fin d’année ou l’arrivée des beaux jours. Mais depuis 2020, entre confinements, télétravail et impact de la guerre en Ukraine, les prévisions sont beaucoup moins précises.

Tous les acteurs s’accordent à dire que ce sont surtout les achats dits “de précaution” qui vident les rayons : les clients, apprenant que les récoltes de moutarde ont été mauvaises, ou voyant que les rayons sont déjà bien vides, seront tentés d’acheter plus de ces produits que d’habitude, pour les stocker à la maison. “En juin, nous n’avions plus de moutarde car nous avions atteint notre chiffre de l’année”, expliquait récemment sur RMC/BFMTV Michel-Édouard Leclerc, le président du comité stratégique des magasins E.Leclerc. Le français a acheté en six mois ce que le leader de la grande distribution pensait vendre en un an.

“Si je cite une marque” qui pourrait bientôt s’épuiser, “tout le monde va se précipiter” pour l’acheter, a aussi déclaré Michel-Édouard Leclerc. Cet empressement échappe aux modèles prévisionnels des entreprises, qui voudront passer commande en même temps, engorgeant la chaîne d’approvisionnement. De plus, les fournisseurs peuvent être tentés de facturer plus car les stocks disponibles sont très disputés.

Les professionnels s’y intéressent-ils ?

Si l’huile de tournesol a fait son grand retour dans les magasins, c’est souvent à des prix plus élevés, ce qui laisse penser que les supermarchés profitent de la crise. Les professionnels répondent que ces fournitures leur coûtent, tout comme l’emballage et le transport. Mais comme la demande est forte, certains ont pu être tentés par des prix plus élevés. En tout cas, les commerçants n’aiment pas laisser les rayons vides, ce qu’ils perçoivent comme un manque à gagner, estimé par NielsenIQ à 2,7 milliards d’euros depuis le début de l’année. Un chiffre à nuancer cependant, car il ne tient pas compte des “surventes” réalisées lorsque le produit est disponible en rayon.

Certaines résiliations sont-elles volontaires ?

Cependant, certaines ruptures sont choisies par les professionnels, qu’ils soient agro-industriels ou distributeurs. Les fans de Mikado, Petit Écolier, Pépito ou Pim’s ont récemment remarqué que certains de leurs produits manquaient dans les rayons. C’est la conséquence de la décision du groupe propriétaire de ces marques, Mondelez, de “nettoyer en profondeur” un site de production, suite à une alerte à la salmonelle dans une usine belge d’un de ses fournisseurs de chocolat, et après s’être assuré qu’aucun produit proposé à la vente contient du chocolat contaminé.

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