près de 50 “incendiaires” présumés interpellés cet été, quel est leur profil ?

Dans ce bilan provisoire, douze personnes ont déjà été condamnées à des peines allant jusqu’à deux ans de prison et “plus de dix” ont été placées en détention provisoire, ont détaillé les gendarmes.

3 incendies sur 10 sont intentionnels

Parmi eux, « toutes les couches sociales sont représentées », a détaillé le lieutenant-colonel Marie-Laure Pezant, porte-parole de la gendarmerie nationale. “On a retrouvé des jeunes, des mineurs, des retraités, majoritairement des hommes”, a-t-elle ajouté. Certains ont “un profil psychologique plus faible, parfois des troubles mentaux”, a poursuivi l’officier, il y a aussi “quelques” pompiers mais “ce n’est pas la majorité”.

L’expertise médicale qui sera réalisée lors des investigations doit permettre de distinguer les incendiaires, qui mettent le feu pour satisfaire une pulsion, des incendiaires, dont l’acte répond à un mobile précis. Chaque départ de feu – dont 90 % sont d’origine humaine et 30 % volontaires selon l’Office national des forêts (ONF) – fait l’objet d’une enquête judiciaire.

Certains, mineurs, ont bénéficié de mesures éducatives, comme ces deux adolescents dont les pétards avaient déclenché un incendie brûlant 5 hectares dans le Morbihan début août. Fin juillet, un homme de 44 ans a été mis en examen après avoir avoué avoir provoqué plusieurs incendies qui ont ravagé 1.200 hectares en Ardèche. Un ancien pompier volontaire de 33 ans sera jugé fin septembre à Béziers pour deux incendies dans l’Hérault.

Ces deux hommes et “plus d’une dizaine” d’autres ont été placés en détention provisoire pendant l’enquête, selon la gendarmerie.

Du fait de sa localisation en zone rurale, la gendarmerie a été saisie de l’écrasante majorité des enquêtes – 43 dossiers lui ont été confiés – concernant des feux de forêts majeurs, à l’exception notable de celui concernant l’incendie de La Teste-de-Buch (Gironde) confiée à la police. “Au plus fort de l’été, le 13 août, nous avions jusqu’à 500 gendarmes déployés sur 18 feux”, a précisé Marie-Laure Pezant.

La “technique de l’escargot”

La gendarmerie a notamment mobilisé ses techniciens en identification criminelle au sein des cellules de Recherche sur les causes et les circonstances de l’incendie (RCCI), aux côtés des pompiers et des agents de l’ONF. Ces enquêteurs pratiquent “la technique de l’escargot”, image le porte-parole, depuis le point de départ supposé de l’incendie jusqu’à une cartographie 3D de la zone brûlée réalisée à partir de drones et d’hélicoptères.

“Le feu n’efface pas tout, on arrive toujours à retrouver des traces, de l’ADN ou des objets pour remonter à l’auteur”, comme une bouteille cassée ou un briquet, insiste Marie-Laure Pezant. Fin juillet, près d’Orange (Vaucluse), l’analyse d’un mégot de cigarette a ainsi permis de retrouver la trace d’une personne qui sera jugée prochainement.

Quand la technique fait défaut, c’est l’intelligence humaine qui peut s’avérer décisive. “Quand il y a un départ de feu, on a des gens qui observent et l’information nous revient très vite”, souligne le lieutenant-colonel. Ainsi, les gendarmes ont pu retracer rapidement la piste d’un jeune homme soupçonné d’être à l’origine de deux incendies en juillet dans les Pyrénées-Orientales, grâce à des témoins qui ont reconnu sa voiture quittant les lieux avant le départ des flammes.

Afin d’améliorer le travail d’enquête judiciaire, notamment dans les affaires d’incendie criminel, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé en août vouloir lancer “3.000 postes de gendarmerie verte”, sans préciser s’il s’agirait de créations d’emplois ou de réaffectations après la formation.

Durant l’été, jusqu’à 10.000 sapeurs-pompiers français par jour ont été mobilisés par les incendies, qui ont déjà ravagé plus de 65.000 hectares de forêt, un record à ce stade de l’année depuis le début du recensement des données satellitaires en 2006, selon le système européen d’information sur les incendies de forêt (Effis).

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