Produire de l’hydrogène avec des éoliennes en mer, l’incroyable pari de Lhyfe au large du Croisic

Amarré dans le port de Saint-Nazaire, Sealhyfe, l’électrolyseur Lhyge, le producteur d’hydrogène vert (monté sur la plateforme à vagues Wavegem conçue par l’entreprise saint-nazairienne Geps Techno) rejoindra le site d’essai orageux et venteux au printemps prochain. en mer Sem-Rev, situé à une vingtaine de kilomètres des côtes du Croisic.

Un espace d’un kilomètre carré, concédé par l’Etat, interdit à la navigation et équipé depuis 2018 de l’éolienne flottante Floatgen, reliée à la terre, via un hub de connexion situé à trente mètres de profondeur. ” L’objectif de cette opération est de valider la technologie de production d’hydrogène offshore avant d’envisager des déploiements industriels à grande échelle d’ici 2024. »explique Thomas Créach, directeur technique de Lhyfe.

Au cours des six prochains mois, l’installation désormais « prête à produire », conçue avec le savoir-faire des Chantiers de l’Atlantique, sera testée à quai. « Nous voulons avoir un point de référence et de comparaison dans la gestion des problématiques de marinisation. Toutes les modifications de conception et de composants seront validées sur le quai avant l’envoi de la plate-forme au large en mars ou avril, lorsque les conditions d’accès au site de test seront plus favorables »il ajoute.

Un défi de compétitivité

Ce démonstrateur, relié au site d’essais de Sem Rev par un câble d’un kilomètre et demi, restera ensuite en mer pendant un an, de manière à valider la fiabilité du procédé de production en conditions réelles, sur une barge qui flotte, bouge. .. et transmettra toutes les données au siège de Lhyfe à Bouin (85), qui pilotera lui-même la plateforme Sealyfe. Une opération complexe dont les études pour le routage du câble ont été confiées au bureau d’études spécialisé dans le domaine des Energies Marines Renouvelables (EMR) Kraken Subsea Solutions.

“Potentiellement, les parcs éoliens en mer sont 20 à 50 fois plus grands que sur terre et offrent deux à trois fois moins d’intermittence”précise Thomas Créach, qui travaille avec les Chantiers de l’Atlantique depuis un an et demi sur la marinisation du processus de production, à savoir les moyens de protection du milieu salin, la gestion de l’électronique de puissance et l’optimisation des opérations de télémaintenance pour éviter aller sur place. « La corrosion, les chocs, les rafales de vent, les vagues de 14 mètres, le mouvement des câbles… Cela n’a rien à voir avec la production d’hydrogène à terre. Et c’est un véritable défi concurrentiel pour Lhyfe »reconnaît Bernard Alessandrini, coordinateur de la SEM-Rev.

« Montrez que c’est faisable et faisable tout de suite »

Cet apprentissage aura permis à Lhyfe d’appréhender les problématiques de l’offshore, de la pose du câble à l’obtention de permis, pour des opérations jusqu’alors indéfinies, jusqu’à la production d’hydrogène en mer. monde.

« Nous avons effectué un travail de fond important avec les instances étatiques. Cela nous permettra ensuite d’avancer plus rapidement sur des projets à l’échelle industrielle », estime le directeur technique de Lhyfe qui, avec les Chantiers de l’Atlantique, a développé un concept de plateforme de 100 MW, pouvant être fabriquée à Saint-Nazaire. “Le défi est maintenant de démontrer que c’est faisable et faisable tout de suite, de manière fiable et robuste même dans les conditions les plus sévères.

Un enjeu financier majeur aussi pour des plateformes coûtant plusieurs centaines de millions d’euros. Dans un marché où l’on consomme encore 80 millions de tonnes d’hydrogène gris, destiné à être remplacé, Lhyfe pense « convaincu que la voie de la production d’hydrogène renouvelable en mer est une solution parfaitement adaptée au déploiement massif de l’hydrogène ». Lors de son introduction en bourse en mai dernier, la société a annoncé qu’elle se fixait pour objectif une capacité totale installée de 55 mégawatts d’ici 2024 à partir d’unités terrestres uniquement ; de 200 MW en 2026, et un pipeline de projets de 5 GW. “Nous voulons ajouter 3GW avec des projets offshore d’ici 2030-2035”, indique le directeur technique de Lhyfe, dont le modèle économique vise à investir et déployer des projets d’électrolyseurs en Europe.

Quelque 90 dossiers sont en cours. En ce sens, la société vient d’ouvrir une sixième filiale à Newcastle, dans le Nord du Royaume-Uni, pour accompagner son développement sur les marchés d’Europe du Nord (Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Belgique…). « En Europe, de nombreux pays ont doublé ou triplé leurs ambitions éoliennes offshore. En début d’année, Emmanuel Macron annonçait qu’il visait 40 GW en 2050 avec l’éolien offshore. En Ecosse, nous sommes passés d’un objectif de 6 GW en 2030 à des zones ouvertes aux offres de plus de 15 GW »observe Thomas Crayach.

Lhyfe, cette start-up française qui se veut un géant mondial de l’hydrogène renouvelable

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ZOOM – La structuration des chantiers tests en fondation

Voulu par l’Ecole Centrale de Nantes il y a quinze ans pour tester en conditions réelles les technologies EMR, le site d’essais en mer Sem-Rev s’apprête à entrer dans une nouvelle ère tandis que les quatre sites d’essais en mer française (Sem-Rev au Croisic, Paimpol- Bréhat exploité par EDF pour les hydroliennes, Sainte-Anne du Portzic gérée par l’Ifremer pour les prototypes de faible capacité et Seeneoh, à Bordeaux), pour les projets d’hydroliennes fluviales) devraient se réunir d’ici la fin de l’année au sein de la fondation Open-C (Centre de réseau d’électricité et d’énergie offshore).

Basée à Nantes d’abord, dans les locaux de l’Ecole Centrale, elle devrait emménager dans ses propres locaux d’ici la rentrée 2023. “Ce sera désormais celui qui structurera, gérera et animera l’ensemble de la filière avec ses propres effectifs, issus des sites tests ou des futurs recrutements”. Créé par dix membres fondateurs (Ecole Centrale, Ifremer, Technip, EDF, RTE…), Open-C bénéficiera d’un budget de fonctionnement de 80 millions d’euros sur dix ans pour accompagner 300 à 400 millions d’euros de projets. Celui-ci pourrait également accueillir rapidement le site d’essais du Mistral à Marseille et un autre site en cours d’implantation pour accueillir plusieurs installations de 10 à 20 MW, voire de 50 à 100 MW.

Limité depuis sa création à 3,5 MW par Enedis en raison du sous-dimensionnement des installations à terre, le site de Sem-Rev prévoit un investissement de 40 à 45 millions d’euros sur les quatre prochaines années pour exploiter désormais pleinement les 10 MW du câble export déposé en 2012. Baptisé Sem-Rev 2.0, il permettra l’exploitation d’une seconde éolienne dès l’été prochain et la création de sous-stations satellites qui offriront des prises de raccordement en surface pour l’accueil de projets de moindre envergure, comme ceux de Lhyfe ou autres , autour du photovoltaïque flottant. Sem-Rev 2.0 devrait également s’accompagner d’un parc des expositions MRE et d’une pépinière d’entreprises dédiées à ce secteur.