Un vaisseau spatial de la NASA prêt à s’écraser sur un astéroïde pour dévier sa trajectoire – 23/09/2022 à 07:26

Illustration fournie le 4 novembre 2021 par la NASA du vaisseau spatial DART qui doit s’écraser sur l’astéroïde Dimorphos afin de dévier légèrement sa trajectoire (NASA/Handout)

Les dinosaures auraient sûrement aimé y penser. Les films de science-fiction, comme “Armageddon” ou plus récemment “Don’t Look Up : Cosmic Denial”, y réfléchissent depuis longtemps.

Cette fois, la NASA va enfin tenter ce qui n’a jamais été fait auparavant : dévier la trajectoire d’un astéroïde en projetant dessus un vaisseau kamikaze. Un test de “défense planétaire”, qui devrait permettre de mieux protéger l’humanité contre une éventuelle menace future.

La mission Dart (dart, en anglais) a décollé en novembre de la Californie. Après dix mois de voyage, l’engin spatial devrait percuter l’astéroïde Dimorphos à 23h14 GMT lundi, à une vitesse de plus de 20.000 km/h.

Le navire n’est pas plus gros qu’une voiture et sa cible mesure environ 160 mètres de diamètre (la moitié de la hauteur de la tour Eiffel).

Pas de panique, Dimorphos ne représente en aucun cas une menace pour la Terre : son orbite autour du Soleil ne passe qu’à sept millions de kilomètres de nous au plus près.

Mais la mission “est importante à réaliser avant que l’on découvre un réel besoin”, estime Andrea Riley, en charge de la mission à la Nasa.

Le moment d’impact s’annonce spectaculaire et pourra être suivi en direct sur la chaîne vidéo de l’agence américaine.

Il ne s’agit pas de détruire l’astéroïde mais de le pousser légèrement. La technique est appelée impact cinétique.

Dimorphos est en fait le satellite d’un plus gros astéroïde, Didymos (780 mètres de diamètre), dont il fait le tour en 11 heures et 55 minutes. Le but est de réduire l’orbite de Dimorphos autour de Didymos d’une dizaine de minutes.

Ce changement peut être mesuré par des télescopes depuis la Terre, en observant la variation de luminosité lorsque le petit astéroïde passe devant le gros.

L’objectif peut sembler modeste mais cette démonstration est cruciale pour l’avenir.

L’objectif est de mieux comprendre comment Dimorphos, représentatif d’une population d’astéroïdes assez communs, dont la composition exacte n’est pas connue, va réagir. L’effet de l’impact dépendra largement de sa porosité, c’est-à-dire si elle est plus ou moins compacte.

– Une image par seconde –

Pour atteindre une si petite cible, le navire se dirigera de manière autonome pendant les quatre dernières heures, comme un missile autoguidé.

Sa caméra, baptisée Draco, prendra au dernier moment les toutes premières images de l’astéroïde dont la forme n’est pas encore connue (ronde, oblongue, etc.). À une cadence d’une image par seconde, visible en direct sur Terre avec un retard d’environ 45 secondes seulement.

Un graphique montrant l'effet que la mission Dart de la NASA doit avoir sur l'orbite de l'astéroïde Dimorphos (AFP/Jim WATSON)

Un graphique montrant l’effet que la mission Dart de la NASA doit avoir sur l’orbite de l’astéroïde Dimorphos (AFP/Jim WATSON)

“Cela va commencer comme un petit point lumineux, jusqu’à ce qu’il remplisse tout le cadre”, a déclaré Nancy Chabot, du Laboratoire de physique appliquée (APL) de l’Université Johns Hopkins, où se trouve le centre de contrôle.

“Ces images continueront d’arriver, jusqu’à ce qu’elles cessent”, a-t-elle ajouté, faisant référence au moment de l’explosion.

Trois minutes plus tard, un satellite de la taille d’une boîte à chaussures, appelé LICIACube et largué par l’engin il y a quelques jours, passera à environ 55 km de l’astéroïde pour capturer des images de l’éjecta. Ils seront renvoyés sur Terre dans les semaines et mois suivants.

L’événement sera également observé par les télescopes spatiaux Hubble et James Webb, qui devraient pouvoir détecter un nuage de poussière brillant.

Ensuite, la sonde européenne Hera, qui doit décoller en 2024, observera de près Dimorphos en 2026 pour évaluer les conséquences de l’impact et calculer, pour la première fois, la masse de l’astéroïde.

– Trouvez-les tous –

Très peu d’astéroïdes connus sont considérés comme potentiellement dangereux, et aucun ne l’est au cours des 100 prochaines années.

Mais “je vous garantis que si vous attendez assez longtemps, il y aura un objet”, a déclaré le scientifique en chef de la NASA, Thomas Zurbuchen.

Près de 30 000 astéroïdes de toutes tailles ont été répertoriés au voisinage de la Terre (on les appelle des objets géocroiseurs, c’est-à-dire que leur orbite croise celle de notre planète). Environ 3 000 nouveaux sont découverts chaque année.

Centre de contrôle de mission DART de la NASA au Laboratoire de physique appliquée (APL) de l'Université Johns Hopkins dans le Maryland le 12 septembre 2022 (AFP/Jim WATSON)

Centre de contrôle de mission DART de la NASA au Laboratoire de physique appliquée (APL) de l’Université Johns Hopkins dans le Maryland le 12 septembre 2022 (AFP/Jim WATSON)

Celles d’un kilomètre ou plus ont presque toutes été repérées, selon les scientifiques. Mais ils estiment ne connaître qu’environ 40% des astéroïdes mesurant 140 mètres ou plus, ceux capables de dévaster une région entière.

Si Dart manque sa cible, le navire devrait avoir suffisamment de carburant pour une autre tentative dans deux ans.

Et si la mission réussit, ce sera un premier pas vers une véritable capacité de défense, selon Nancy Chabot. “La Terre a été frappée par des astéroïdes pendant des milliards d’années, et cela se reproduira. En tant qu’humains, assurons-nous de vivre dans une civilisation où nous pouvons l’éviter.”

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