une histoire qui baigne dans l’étrange, l’incertain et l’effroyable devant la justice

« La cour d’assises a été confrontée à deux hypothèses, à la fois troublantes et rares : soit un fils a fait disparaître le corps de son père, soit une mère a accusé à tort son fils. » Ainsi le président du tribunal, Marc Trévidic, a-t-il résumé, en lisant la motivation du verdict, jeudi 22 septembre, le noeud de la singulière affaire qui venait d’occuper quatre jours lors des assises du Val-d’Oise : Patrick Wittier , 59 ans, était accusé par sa mère, Marie-Thérèse Wittier, 92 ans, d’avoir tué, il y a vingt ans, son père, Jean Wittier, dont le corps n’a jamais été retrouvé.

Pour comprendre cette histoire imprégnée d’étrange, de pathétique et d’épouvantable, mais surtout de douteux et, finalement, d’insoluble, il faut d’abord s’immerger dans le contexte familial. Et, là-dessus, au moins, tout le monde est d’accord : aux Wittiers, en 2002, l’ambiance était délétère.

A cette époque, Patrick Wittier vit toujours, à 39 ans, dans la petite maison familiale d’Argenteuil que sa grande soeur, Martine, avait fui dès qu’elle avait pu, à 18 ans. Ses deux seuls amis sont morts quand il était jeune – “ça m’a vacciné les amis, depuis, je ne regarde plus” – il n’a pas de relation amoureuse – “Ce n’est vraiment pas mon truc” – et vit d’allocations sociales et de petits boulots au noir dans l’informatique, ce qu’il fait depuis la chambre aux volets éternellement fermés, à l’étage, où il passe le plus clair de son temps.

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Il ne descend jamais saluer sa sœur, à qui il reproche son mépris de classe depuis qu’elle s’est élevée socialement grâce à son mariage, lorsqu’elle rend visite à ses parents. Il s’assure également de ne jamais rencontrer son père, avec qui les relations sont catastrophiques. Jean Wittier, personnage autoritaire et avare, ne supporte pas l’oisiveté de son fils, qui a refusé de suivre ses pas à EDF : il a installé des cadenas sur le réfrigérateur et les placards pour le priver de nourriture. Marie-Thérèse Wittier, femme soumise à son mari, parvient à nourrir son fils en cachette. “Elle a eu une vie pourrie”, raconte sa fille Martine, selon qui la situation a dégénéré à la naissance de Patrick. « Avant, tout allait bien. Après, je n’ai connu ma mère que lorsqu’elle était déprimée et au lit. »

Jeté à la poubelle

Le 19 septembre 2002, Patrick Wittier et sa mère se rendent au commissariat d’Argenteuil pour signaler la disparition de Jean Wittier, 73 ans. Il n’est pas rentré après être allé à Paris à vélo la veille pour acheter du matériel de bricolage. Aucune véritable enquête n’est lancée, la procédure s’enlise, le dossier s’égare. Qu’à cela ne tienne pour Patrick Wittier, la vie est plus douce depuis que le père n’est plus là, les cadenas ont disparu des placards et du frigo. Seule sa sœur, Martine, s’affaire et finit par se demander si un drame n’a pas eu lieu dans le pavillon familial. Grâce à son obstination, l’enquête reprend en 2015.

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